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25 avril 2012

Les Pauzat qui émigrèrent (2e partie) : qui sont-ils ?

Après avoir énoncé les différentes raisons historiques qui ont poussé nos ancêtres à s’expatrier, voici le moment, dans la deuxième partie de cet article, d’en dresser la liste et les circonstances connues de leurs départs. 
Les premiers cas d’émigration recensés commencent au moment de la Révolution française. Notre article de mars 2011 en avait déjà évoqué quelques cas exceptionnels, dont celui de Jean-Baptiste Pauzat Zuñiga (n°378)[1], originaire d’Issor (Béarn) qui, sans doute ayant émigré en Espagne, fit du commerce avec le Mexique, devint armateur à Bordeaux et consul du Mexique dans cette même ville. Il parraina les débuts professionnels de plusieurs Pauzat, tous originaires du même lignage familial.

Il y eut aussi, Barthélémy Pausat (n°1448), fils de Henri Pausat[2], tué par les « nègres » en Martinique vers 1790/91, mais qui partit certainement dans le cadre d’une campagne militaire française[3].

Ceux qui suivirent furent, par ordre chronologique des départs :

Pierre Pauzat Berges (n°477), né à Gurmençon (Béarn) vers 1809, il habite Bordeaux lorsqu’il part le 16 mars 1826 pour Londres (Angleterre) à l’âge de 16 ans ½, avec un passeport portant une attestation de J-B Pauzat Zuñiga, afin de faire son instruction commerciale. On ignore s’il est revenu, ce qui est probable.

Bernard Pauzat dit Couchez (n°472), né à Vieilleségure (Béarn) le 29 décembre 1803, il  part à l'âge de 24 ans, le 23 novembre 1827, à destination de La Havane (Cuba), pour affaires de commerce, sous la "tutelle" de J-B Pauzat-Zuñiga précité. Est-il revenu ?

Jean-Charles Marie Pauzat (n°359), né le 3 novembre 1858 à Féas (Béarn) d’un père négociant de vins en gros, engagé conditionnel le 26-10-1877 à la mairie de Pau, mobilisé pour le service militaire en 1878, dispensé absent (son livret militaire lui ayant été restitué), réserve active le 26-10-1882, car il partit de Bordeaux pour aller à Buenos Aires (Argentine) le 7 décembre 1879, célibataire et ayant déclaré comme profession : employé de commerce. Sa présence y est signalée en octobre 1879, il y décédera à l’âge de 28 ans, le 28 mars 1886, sans que l’on sache s’il s’est marié et s’il a eu des enfants.
recensement à Buenos Aires, au registre des émigrés, de Jean-Charles Marie Pauzat








Joseph Pausat (berceau inconnu), signalé à Los Angeles (Californie) en 1882

P.J. Pouzat (n°2165), né en 1849 (berceau inconnu), quitte le Havre (navire La Bourgogne) pour New York, où il arrive le 28 août 1893

Basile Jacques Pausat/Pauzat (n°631), né le 13 juin 1875 à Lanne (Béarn). IL est dispensé de service militaire, car … élève ecclésiastique. On le retrouve le 15 mai 1901 en Argentine à Buenos Aires (célibataire, garçon de chambre, 886 Corrientes), le 21 mars 1904 à New York (8e avenue), mais il a dû revenir en France quelque temps, puisqu’il indique Lanne comme résidence le 3 mars 1905. Il est passager pour New York, en partance de Cherbourg (navire Saint Paul), le 1er mai 1905. Le 9 mai 1905, il réside à San Francisco (614 Broadway street).
Il manque à l'appel de la mobilisation générale le 2-8-1914, signalé décédé, puis déclaré insoumis le 1er juin 1916, le décès n’ayant pas pu être établi.

Joseph Pauzat (a priori n°57), né à Arette (Béarn) le 14 juin 1880 en la « maison AMBIELLE ». Il fait son service militaire du 15 novembre 1901 au 18 septembre 1904, où il obtient un certificat de bonne conduite. Il passe dans la réserve de l’armée active le 1er novembre 1904. Il effectue une première période d’exercices au 18e Régiment d’Infanterie en 1907, mais, est absent à la seconde en 1911 : il en est dispensé, étant à l’étranger, hors d’Europe.
En effet, entre temps, il a quitté à l’âge de 30 ans le territoire français le 11 octobre 1910, en prenant à Bordeaux, un bateau (le Saint-Laurent) à destination de New York. Le recensement de 1920 aux United States indique qu’il réside à Los Angeles (Los Nietos Precinct Whittier Town). Il y sera naturalisé le 14 juin 1917 (Southern District, Central Division, Los Angeles, California).
Entre temps, il est rappelé à la mobilisation générale du 2 août 1914. Manquant à l’appel, il est déclaré insoumis le 30 janvier 1915, puis rayé des contrôles de l’insoumission vers 1968 (prescription de 53 ans).
Finalement, il revient en France où il décède à Oloron (Béarn) à l’âge de 97 ans, le 20 décembre 1957. On ignore s’il s’est marié et s’il a eu des enfants.

Jean-Charles Marie Pauzat (n°337), né le 18 mai 1890 à Féas (Béarn), petit-fils du notaire du lieu et neveu de son homonyme ci-dessus, sans doute fils unique, car il est dispensé du service militaire étant déclaré « soutien indispensable de famille » le 23 août 1912. Curieusement, il ira vivre en Espagne où il résidera à Madrid comme secrétaire de mairie[4] !
Lors de la mobilisation générale du 2 août 1914, il est cependant rappelé sous les drapeaux. Durant ce conflit, il sera fait prisonnier (captivité en 1918), puis à la fin de la guerre, il rejoint son village natal où il sera classé « affecté spécialement dans l’administration de la poste comme facteur auxiliaire, le 1er mai 1922 ». Pas d’information concernant son état civil (marié le 20 août 1910 ?) et s’il a eu des enfants.

Élisabeth Pauzat (n°54), née à Arette (Béarn) le 3 août 1889 dans la « maison CASSOU », elle part du Havre à l’âge de 18 ans, sur le navire La Gascogne, et arrive à New York le 4 novembre 1907 (son nom est orthographié Pawzat). Elle vivra en Californie, San Francisco, où elle est recensée en 1920, avec son mari Frank Nouqué, avec qui elle a eu deux enfants René et Louis. Elle décédera dans la même ville le 5 avril 1922, à l'âge de 33 ans. Ci-dessous, la photo exposée sur sa tombe.

Eddie Pauzat (ou Dauzat), né en 1874 (berceau inconnu), part avec sa femme Alice (née en 1889) pour les United States où il résidera en 1910 dans l’État de la Louisiane, ville de Avoyelles.

Henri Pouzat (n°2166), né à Paris en 1852, célibataire, quitte Le Havre (navire Le Provence) pour New York, où il arrive le 4 septembre 1910.

Jean Pouzat (n°1851), né en 1849 (berceau inconnu), part du Havre (navire La Savoie) pour New York, où il arrive le 8 septembre 1919 [Infos sources : Archives nationales du Canada, Listes de passagers, 1865-1935 (RG 76)]. Est-il allé ensuite au Canada ?

Jean Pazat (n°627) et Augusta Pazat (n°628), nés à Coutras (Gironde), partent de Bordeaux pour New York, où ils arrivent le 27 juin 1920

Charles Étienne Léon Pauzat (n°624), né en 1903 (berceau inconnu) (classe d’incorporation : 1923, source : registre d'incorporation militaire de la Mayenne-Est), passager pour New York en partance du Havre, le 1er février 1921 (navire : Roussillon) à l’âge de 17 ans, arrive à New York le 1er février 1921. Il devient bijoutier, créateur de bijoux en 1939, décède à l’âge de 39 ans, le 23 juillet 1942 (Manhattan).
        
Sanis Pauzat (n°626), né en 1900 (berceau inconnu), arrive à New York le 27 janvier 1922, à l’âge de 22 ans, en étant parti de Marseille sur le navire Canada.

Léon Pauzat (n°625), né en 1885 (berceau inconnu), arrive à New York, après être parti de Southampton (port au sud de l’Angleterre, navire : Olympic) le 27 février 1924, à l’âge de 39 ans

Léon Pouzat (n°xxx), né en 1884 (berceau inconnu), arrive à New York, après être parti de Southampton (port au sud de l’Angleterre, navire : Olympic) le 19 mars 1924. Est-ce une coïncidence avec le Léon ci-dessus ? Même lieu de départ, même navire (mais la rotation suivante).

Charles Pauzat (n°1938 ou 624 ci-dessus ?), né en France en 1904 (berceau inconnu), part avec sa femme Joséphine (née en 1910) et ses deux enfants Charlotte (n°2144), née en 1926 et Charles (n°1945), né en 1928, pour les United States où il résidera à Hudson dans l’État du New Jersey, au moment du recensement de 1930.

Basile Pauzat (n°248), berceau Béarn, marié à Marguerite Bon avec qui il a eu une fille Madeleine (n°1187), puis remarié à Caroline Bazerque, avec qui il a eu une seconde fille Renée (n°518)*, il est recensé en 1930 aux United States avec ses deux enfants et sa seconde femme.
*Renée Pauzat (n°518), précitée, née en 1909 s’est mariée à Jacques Perrin, avec qui elle a eu 5 enfants, est-elle restée aux USA ?

Gabrielle M M Pauzat (n°1959), née en septembre 1920 à Lambeth, Greater London – Surrey, pas d’autres informations (berceau inconnu, mais vraisemblablement du Limousin). Ses parents étaient-ils de passage en Angleterre ou y avaient-ils émigré ?

Victor Pausat (n°2146), né en 1939 (berceau inconnu), se rend aux Philippines, où il décède le 8 septembre 1940 (Bais City,​ Negros Oriental,​ Philippines).

Jean-Louis Pauzat (n°496), né à Valenciennes le 24 mars 1936 (berceau Béarn), part pour le Mexique après la Seconde Guerre mondiale, où il rencontrera sa femme Maria Georgina. Ils se rendront ensuite aux United States, mariés sans doute le 26 novembre 1996, pour la Floride à Miami où ils ouvriront une boulangerie-pâtisserie qui défendra avec succès la « french touch ». Ils ont deux filles Dominique (n°499), née au Mexique et Françoise (n°500), née en Floride.
Dominique H. Pauzat (n°497) est sans doute partie en même temps que son frère Jean-Louis (n°496) précité.

Patrick Pauzat (n°872), né le 28 décembre 1950 à St-Yrieix-la-Perche dans le Limousin, fils de Jean Pauzat (n°813) et de Marcelle Desport, part aux United States où après un passage en Californie et en Floride, il réside dans le Connecticut, naturalisé le 16 septembre 1977.

Valèrie Stéphanie Pauzat (n°455) vivant actuellement au NW de l’Espagne, berceau inconnu.

Jean-Pierre Pauzat (n°1), berceau Béarn, contemporain, retraité, réside en Catalogne Sud.

Et d’autres personnes localisées aux United States, sans autres renseignements :
-          Joa Pauzat (Californie),
-          Nellie Pauzat (Californie),
-          Jean Pauzat (Missouri)
-          Jean Louis Pauzat et son épouse Mary C. La Plante (Cook County, Illinois)
-          Brian P Pauzat (Californie, Los Angeles)
-          Chad J Pauzat et Chad A Pauzat (Louisiane)
-          Janine M Pauzat (Floride, Fort Lauderdale)
-          John Pauzat (Floride)
Et aussi :
- Pranas Pauza qui part du port de Bremerhaven (Allemagne) le 2 mars 1948 pour Melbourne (Australie) où il arrive le 27 avril.
- Madeleine Pauzat, recensée au Canada, Québec (Genealogical Dictionary of Canadian Families (Tanguay Collection), 1608-1890)
- T. Pauza, Halifax (Canada)

  
Dans cette liste, non exhaustive, nous devinons que derrière ces noms et ces dates, se cachent des histoires personnelles, dignes d’intérêt, mais dont le souvenir s’estompe progressivement à chaque nouvelle génération.
Que sont-ils devenus, ces hommes et ces femmes qui ont eu le courage de quitter leurs villages, leurs familles et leur patrie ?
C’est à ceux qui détiennent encore une partie de ce patrimoine de l’aider à survivre et de témoigner. Ce blog vous est proposé dans ce sens, c’est maintenant à vous de communiquer ce dont vous avez hérité de vos ancêtres : un parcours, une anecdote, des photos, un fait particulier ou tout simplement, l’histoire d’une famille refondée dans un nouveau pays.

Vous pouvez, pour cela, me contacter[5] à l’adresse email:  geneapauzat1@gmail.com. Votre témoignage permettra d’évoquer et d’honorer ceux de nos ancêtres qui entreprirent cette aventure.
To do this, contact me at the email address: geneapauzat1@gmail.com
Your testimony will allow to honor those of our ancestors who undertook this adventure.
Para ello, pueden ponerse en contacto conmigo a la dirección de correo electrónico siguiente : geneapauzat1@gmail.com
Sus palabras nos permitirán evocar y honrar nuestros antepasados, aquellos que emprendieron esta aventura. 

Prochain article prévu :         

Les Pauzat qui émigrèrent
3e partie : que sont-ils devenus?

[1] Cet identifiant permet de retrouver la personne dans les arbres et les listes présentés sur les sites dédiés :
http://sites.google.com/site/geneapauzat
http://sites.google.com/site/ancestrypauzat/
[2] ce dernier, originaire de Castelnaudary, est le fondateur de la branche marseillaise, il eut un autre fils qui mourut lors de l’assaut des Tuileries en 1792 et un troisième qui fut tué « aux frontières ».
[3] En août 1791, commence l'insurrection des esclaves dans le nord de Saint-Domingue.
Le 4 avril 1792, l'Assemblée législative française élève au rang de citoyen tout homme de couleur libre et envoie le commissaire Rochambeau en Martinique pour faire appliquer cette loi.
Le 1er décembre 1792 arrive aussi le capitaine de vaisseau Lacrosse chargé par la Convention de faire triompher
[4] Rappelons que suite à l’article du 29-12-2011, nous pouvons suggérer un lien de ce dernier avec un Bernardo Pauzat, « chef d’exploitation », inconnu, résidant a priori à Madrid à la même époque.
[5] Ceci au choix, en français, anglais, espagnol ou en catalan, à l’adresse email : geneapauzat1@gmail.com
 Je rappelle que votre vie privée sera protégée, car vous seuls décideraient de ce qui sera publié et que votre adresse email ne sera pas communiquée.

3 avril 2012

Les Pauzat qui émigrèrent (1ère partie) : Pourquoi émigrèrent-ils ?

Je dédie cet article à tous les Pauzat[1] qui émigrèrent un jour, ainsi qu’à leurs descendants contemporains, ceux qui perpétuent aujourd’hui ce patronyme et ceux qui ne le portant pas, ont eu une aïeule dont c’était le nom et dont le souvenir s’estompe peu à peu.
J’espère qu’ils ont tous conservé la mémoire de leurs racines et … qu’ils lisent ce blog.

Cette première partie est consacrée à présenter les différentes raisons qui poussèrent nos ancêtres à prendre un jour la décision, certainement difficile, de quitter leurs villages et leurs familles. Bien sûr, souvent ils étaient jeunes, inconscients de ce qui les attendait et fortifiés par les messages flatteurs qui leur parvenaient (lettres d’un parent déjà parti, harangue d’un recruteur passé dans leur village, causeries le soir à la veillée, au coin du feu, ..).

Au cours des articles de ce blog, nous avions vu que de nombreux Béarnais partaient en Espagne qui manquait de main-d’œuvre, puis revenaient régulièrement chez eux. Ainsi, dans certains villages, le tiers des hommes partaient durant 8 à 9 mois de l’année, se spécialisant dans les métiers de bergers, hongreurs (castreurs), forestiers, tondeurs, etc. Ils allaient jusqu’à Valence et en Andalousie, où de nombreux béarnais ne revinrent jamais et firent souche (nous ignorons, à ce jour, s’il eut un Pauzat parmi eux).

Arrivée des émigrants à New York, passant par le centre d'accueil Ellis-Island
Par contre, le départ vers les Amériques, à partir du 18e siècle, s’inscrit dans le flux migratoire des populations européennes, celui-ci étant causé principalement par les différents bouleversements de l’histoire de ce continent.
Tout d’abord en France, les raisons économiques consécutives aux conflits avec les pays voisins et aux guerres de religion, l’inégalité devant l’impôt[2], les années de famine suite aux mauvaises récoltes, les hivers rigoureux, les épidémies, furent la cause majeure de ces émigrations.
En second lieu, nous avons la situation particulière des cadets de chaque famille qui ne peuvent pas accéder à la propriété des terres (droit d’aînesse). 
L’exemple le plus représentatif de la concomitance de ces deux dernières causes est celui de Jean-Baptiste Pauzat Zúñiga, cinquième enfant d’une famille d’Issor dont nous avons déjà parlé dans ce blog. Il a 20 ans, en cette période de la Révolution française, sans espoir d’avoir une terre à lui,  la situation du pays est catastrophique, c’est la période où la « Terreur est mise à l’ordre du jour » avec ses listes de suspects à guillotiner, le clergé est pourchassé, les armées ennemies sont aux frontières.
En troisième lieu, quelques décennies plus tard, il faut ajouter le désir d’échapper à un service militaire long et souvent injuste dans sa forme de recrutement : la Conscription[3]. Les boucheries des guerres napoléoniennes (plus de 2,5 millions de morts, dont 1 million côté français, les récits faits par les survivants revenus chez eux) ont écœuré pour longtemps les jeunes à porter les armes.
Affiches vantant la réussite des émigrés qui se sont expatriés et proposant la traversée de l'Atlantique

Enfin, le quatrième facteur est le prosélytisme des organisations[4] incitant la population à franchir les océans pour aller s’implanter dans les terres « vierges » réclamant de la main-d’œuvre. Les années 1875-1890 ont marqué l'apogée de cette émigration.
Les pays demandeurs avaient ouvert en France des agences d’immigrations et embauché des recruteurs. Ce métier d’agent recruteur, très actif par exemple en Béarn, semble être né des opportunités pour les navigateurs transporteurs de marchandises de rentabiliser leurs voyages en prenant des passagers.
Une page du registre de Laplace et photo de passagers émigrants 

« Un natif du Béarn, Jean-Baptiste Laplace, a été l’un de ces recruteurs. Au départ, il est lui-même un émigré pour insoumission qui en 1863 est en Argentine et qui en 1868 parvient à rentrer en Béarn pour se faire juger et pour « racheter » un remplaçant.
Il a laissé dans ses registres, dès 1879,  les relevés des coordonnées des passagers qu’il faisait embarquer. Il tire ses revenus d’un pourcentage qu’on lui accorde sur chaque passage payant. Il est fort probable que l’un des Pauzat émigrés ait profité de cette filière.
Les descendants d'émigrés qui ont entendu les récits de ces voyages affirment souvent que l'aïeul, ou l'aïeule parfois, était parti « en sabots, le baluchon sur l'épaule et pour payer le prix du passage, avait travaillé sur le bateau ».
Les départs des Béarnais se faisaient le plus souvent par le port de Bordeaux ou de La Rochelle, mais certains par Le Havre (destination New York) ou les ports espagnols. On sait, par exemple, que Jean-Baptiste Laplace accompagnait (ou faisait accompagner) les émigrants à destination de La Havane, jusqu'à Irun pour aller prendre un bateau à Santander ou aux Pasajes de San Sébastien ».
La création des Compagnies maritimes a ainsi développé le métier et multiplié les agents recruteurs qui sillonnaient les campagnes, fréquentant les marchés et les foires, les sorties de messe et les enterrements. Le nombre de candidats à l'embarquement semble s'être accru rapidement pour devenir des plus importants vers la seconde moitié du 19e siècle, et surtout, au niveau européen, au début de 20e siècle[5] ce que nous allons vérifier aussi dans la seconde partie de cet article.
  
Prochain article : 
Les Pauzat qui émigrèrent (2e partie) : Qui sont-ils ?

Nota : Si l'un de vos ancêtres a émigré et si vous souhaitez faire une remarque, citer une anecdote, envoyer une photo à son sujet, n’hésitez pas à me les faire parvenir à l’adresse : geneapauzat1@gmail.com
Ces témoignages, avec votre accord, seront alors diffusés dans ce blog.
Langues acceptées : français, anglais, espagnol, catalan.

[1] Et les autres patronymes d’origine ou dérivés : Pausat, Pouzat, etc.
[2] Seuls les roturiers devaient assumer l’impôt. Le clergé, qui possède 10% des terres, ne paye pas d’impôt, mais en perçoit des paysans qui doivent fournir 3 à 15% des récoltes. La noblesse, qui possède 25% des terres, ne paye pas d’impôt, mais a le droit de lever les siens.. à ceux-ci s’ajoutent les impôts royaux, toujours payés par les paysans et les autres représentants du bas peuple !
[3] C’est la Conscription qui semble avoir provoqué le plus de départs et plus particulièrement après les guerres napoléoniennes et sous la Restauration. Les guerres de la période révolutionnaire « consommaient » beaucoup d’hommes. Pour y remédier, une loi fut votée en 1798, la loi Jourdan, afin de permettre la réquisition des hommes en âge de se battre. Chaque homme, l’année de son vingtième anniversaire, devait s’inscrire sur les listes de Conscription. Si le numéro associé à son nom était tiré, il était aussitôt enrôlé dans l’armée pour un service militaire dont la durée a été jusqu’à sept ans !
[4] Les offres des agences d’émigration ont facilité beaucoup le départ des jeunes gens voulant échapper à la Conscription qui espéraient par la même occasion améliorer leur situation économique.
[5] Les immigrants venus des régions agricoles d'’Europe, chassés par la pauvreté ou la violence voient leur nombre augmenter considérablement, celui qui passe par Ellis Island enfle jusqu’à atteindre 800 000 (!) pour la seule année 1914.

16 mars 2012

Les lieux-dits portant le nom de notre patronyme

Faisons aujourd’hui un peu d’onomastique[1] et abordons les lieux-dits dont le toponyme est le même que celui de notre patronyme[2] et tentons de savoir s’il existe une corrélation entre eux et, si oui, laquelle.

Un lieu-dit se définit « comme un endroit de faible étendue dont le toponyme est issu du nom de l’un de ses anciens habitants, d’une particularité propre à sa géographie, de son histoire locale ou d’un ancien village ».
Nous voyons ainsi que le premier critère est déjà un indice montrant qu’il est possible qu’existe un lien entre ces « lieux-dits Pauzat » et nos ancêtres. Mais si oui, est-ce toujours le cas ?
 Si l’on se réfère à l’époque où ces lieux-dits furent identifiés, souvenons-nous que leurs orthographes étaient souvent le reflet de leur écriture phonique. Citons : « S’agissant des lieux-dits, l'orthographe de ces noms paraîtrait vaine, puisque chaque curé, chaque maire, chaque secrétaire de mairie, a adopté sa propre version, qu'il modifiait éventuellement d'un acte à l'autre. Beaucoup de ces noms sont aussi des patronymes d'habitants de la commune, qui n'habitent d'ailleurs plus dans le hameau correspondant. »
Ce point est important, comme on le verra plus tard, car il ouvre cette recherche à des noms de lieu-dit dont l’orthographe n’est pas exactement celle de notre patronyme d’origine. Dans l’article  « Les Pouzat sont-ils des Pauzat qui s'ignorent ? » en mars 2011, nous avions fait la preuve que certains Pouzat de l’Yonne étaient en fait, à l’origine, des Pauzat[3]. 
Examinons maintenant les lieux-dits « Pauzat » recensés aujourd’hui :

1er cas : lieu-dit Pauzat, à Issor en Béarn
Son écriture ne comporte pas d’article (ex : Le Pauzat) et est très proche d’un autre lieu-dit ayant pour toponyme le nom d’une famille ayant des liens étroits avec les Pauzat du lieu, les Camgros.
On devine donc que ce toponyme n’est autre que le nom porté par des Pauzat qui vivaient à cet endroit. Il y existe d’ailleurs encore une ferme.

2ème cas : lieu-dit Pauzat en Puy-de-Dôme
Cet endroit se situe a priori près de la commune de Escoutoux, environ 30km à l’est de Clermont-Ferrand où « CALMARD Benoît, ex curé, domicilié à Pauzat[4], département du Puy-de-Dôme, fut  condamné à mort et envoyé à l’échafaud comme réfractaire, le 28 nivôse an 2 (17 janvier 1794), par le tribunal criminel dudit département. »
 Situation du lieu-dit Pauzat à proximité de la commune d’Escoutoux et sur la carte de Cassini avec son écriture phonique Posa relevée à l’époque.

3ème cas : lieu-dit Pauzat à Vieillevie en Cantal
Cette fois-ci, le contexte est différent, ce lieu-dit s'appelle « La Grange du Pauzat ».
Il s’agit « d’un endroit isolé, sur une colline dominant le Lot, sans trace d’habitation ou de four à pain autour de cette grange (cadastre en 1830), ce qui est très rare dans le coin » tel qu’en témoigne la nouvelle propriétaire de ce terrain qui en a fait son lieu d’habitation et une chèvrerie toute neuve, son mari y ayant installé à côté un atelier de lithographie.
 
Ainsi, au moment où les US et le Canada commencent à produire leurs propres fromages au lait cru, il est intéressant de voir qu’en France, notre nom participe à la sauvegarde de notre patrimoine gastronomique.
Notons qu’auparavant, cet endroit devait être un lieu de repos (la pause) pour les animaux en estive.

Il existe aussi en Provence des terres qualifiées Pauzat, l’inventaire des possédants bien à Château Gombert[5] en 1595 nous en donne un exemple :
- Honnorade BLANC               possède à Font Cuberte :                  Issard pauzat
- Anthoine JULLIEN                possède aux Prats :                            prêt pauzat
- Jean SARDOU dit Marrou     possède à Beaume Laugière :            Issard pauzat
Le document de l’IGN sur le glossaire des noms de lieux en France nous indique que 
-          Issart (essart, eyssart) signifie entre autres, terrain en friche, terrain vague, espace gazonné.
-          Quant au mot prêt, il s’agit certainement du mot pré, terrain où l’on conduisait les vaches.
Ceci étant dit, nous voyons que le qualificatif pauzat, commun à ces terres, doit certainement indiquer que celles-ci étaient des pâturages en été.
Le point commun à ces lieux-dits est qu’on y trouve aucune habitation destinée à héberger des familles. Leur nom est donc lié à l’usage qui en est fait et non à celui du propriétaire du site.

En conclusion, nous constatons qu’il n’existe que quelques lieux-dits « Pauzat » recensés à ce jour, mais que l’on peut partager en deux catégories : celle se référant au nom de la personne qui y a habité et celle qualifiant l’usage qui en est fait.
Il est aussi significatif de noter que les premiers sont situés dans des lieux coïncidant avec les berceaux « Pauzat » déjà connus et que les seconds se situent en dehors de ces derniers. Ceci met bien en évidence la distinction entre le surnom donné à un individu et celui donné à un lieu en fonction de son usage, à partir de la même appellation occitane.
Par ailleurs, il aurait été intéressant  de parler aussi des lieux-dits portant un toponyme dont l’orthographe est voisine (Pouzat, etc..)[6]. Mais, devant le nombre important recensé pour ces derniers (plus de trente seulement pour les lieux-dits « Pouzat ») et les questions que ceci soulève : (pourquoi sont-ils plus nombreux que ceux portant notre patronyme ? sont-ils des toponymes dont l’orthographe est dérivée de Pauzat, ou non ? et si c’est le cas pour certains, lesquels ?), ce sujet est reporté à plus tard et seulement, s’il sera possible d’en trouver l’explication ou de proposer des hypothèses plausibles.
Exemples :
Ardèche, plateau près du bord du Pouzat et Quercy, La combe du Pouzat

[1] Cette science étudie l'histoire et l'étymologie des noms propres. Elle se divise en deux branches : l'anthroponymie, consacrée aux noms de personnes (anthroponymes), et
la toponymie, consacrée aux noms de lieux (toponymes).
[2] L’existence et la répartition de notre patronyme en Occitanie depuis les 11/12ème siècles a fait l’objet du premier article de ce blog, en 2010.
[3] Ceci s’explique encore aujourd’hui en Catalogne sud, où mon nom se prononce PAOUZAT. Son écriture phonétique POUZAT serait donc encore potentiellement envisageable si le contexte social était le même.
[4] Il existe aussi la référence à la commune de Plauzat (environ 20km au sud de Clermont-Ferrand) comme lieu de cette exécution, durant la Révolution française.
[5] A partir de 1595, année du rattachement de Château Gombert au terroir de Marseille, plusieurs inventaires de possédants biens ont été effectués. Ces derniers, réalisés pour servir de base au calcul de l’imposition, donnent la cartographie du paysage du village et de ses environs.

28 février 2012

Quels sont nos ancêtres les plus anciens identifiés à ce jour ? - 2e partie

Dans l’article précédent, nous avions commencé à répertorier ceux qui, portant notre patronyme depuis sa création vers les 11/13ème siècle, avaient laissé un indice jusqu’à nous, avant que le relevé systématique des actes civils soit réellement effectif, c’est-à-dire avant le 17e siècle.
Ces PAUZAT sont par nature rares et pourtant, nous en trouvons un certain nombre, au travers de documents divers. Dans l’article précédent nous avions parlé de :
- Arnaut PAUZAT qui « le 10 avril 1398, fait hommage au comte de Périgord pour ce qu’il possède en la juridiction de Bourdelle ».
- Pierre ARNAUD né en 1385, damoiseau de PAUZAT …
Tous deux du berceau Guyenne, à ces derniers nous pouvons y ajouter :
- Jacques PAUSAT, né vers 1581, qui décède à l’âge de 28 ans à Arveyres, par noyade dans la « zini » de la Dordogne.

acte de décès du 13 juillet 1609 à Arveyres, page 93
Berceau Limousin :
- Marie PAUZAT, mariée vers 1525 à un riche marchand du village de Villoutreys, Pascaud de Villoutreys (à Saint-Martin-le-Vieux, canton d'Aixe-sur-Vienne, à quelques km au SW de Limoges), avec qui elle eut six enfants mâles (dont deux prêtes). Elle décédera avant 1539.
Berceau Béarn :
- Johan PAUSAT né à Issor en 1570.
- Berdolet PAUSAT né, lui aussi, à Issor vers 1580. Ce dernier est cité sur un parchemin de 1615, concernant à Issor un échange de terre entre lui, ses voisins et Arette.

Hors des berceaux connus à ce jour :
- En 1577, Jean PAUZAT, sautier vidommal[1] à Chamoson, officier de la cour dans le Valais en Suisse. (voir cartes ci-dessous, au SW de Sion).

- Gaspard PAUSAT, né à Vaux et décédé avant 1598, sans que l’on sache, s’il s’agit de Vaux en Suisse ou l’une des quatre communes existant en France (Allier, Hte-Garonne, Moselle et la Vienne), ainsi que la localité rattachée à Champs sur Yonne dans le département de l’Yonne.
- Hugonine PAUSAT, fille du précédent, mariée le 28/12/1598 à Vaux avec Estienne MAURAZ
- …. PAUZAT, en 1517 en Angleterre (Ellingham County, Southants), information à confirmer.
- Barthélémy PAUZAT né en 1525, marié à Peyronne CHAUVET dont il a eu un fils en 1548, dénommé Pierre dit BÉLUQUET, et une dizaine d’autres PAUZAT répertoriés, tous de Salon-de-Provence ou dans la région. Ce qui laisse supposer qu’avant le 17e siècle, il aurait existé un berceau provençal.
Cependant, il faut noter l’existence de Bernard PAUSAT, marié à Salon-de-Provence avant 1565 à Jeanne MAILLAND, mais … originaire de la Corrèze. Il semblerait donc que ce dernier soit venu du berceau Limousin.


En conclusion, on ne trouve une cohérence géographique entre les berceaux et les individus identifiés avant l’enregistrement généralisé des actes de baptême, soit vers le 17e siècle, que pour les berceaux Limousin et Béarn. Il est curieux de constater qu’avant cette date, il exista des PAUSAT en des lieux différents des berceaux connus à ce jour, soit que leurs descendances les quittèrent, soit que celles-ci disparurent, faute d’héritiers mâles. En Guyenne, à Bourdeilles, avons-nous un cas semblable ou simplement une extension du berceau Limousin ? En Provence, par contre, l’énigme est complète, car cette souche semblait prometteuse, étant donné le nombre d’individus recensés, mais curieusement aucun registre n’identifie plus tard des individus qui auraient dû appartenir à ce berceau.
Notons que ceux recensés actuellement en Provence (Marseille) sont originaires de Castelnaudary (Languedoc).
Les cas de l’Angleterre et de la Suisse sont marginaux, mais le dernier est intéressant, car établi et montrant que le parcours de nos ancêtres fût moins casanier que ce que l’on pourrait imaginer. Mais d’où venait cette famille, du Limousin ?
Il reste donc encore beaucoup de recherches à entreprendre pour expliquer ces situations, et à condition qu’existe la possibilité qu’elles aboutissent.


[1] Sautier : Huissier du Conseil d’État, à Neuchâtel, en Suisse
Vidame : Homme qui tenait les terres d’un évêché ou d’une abbaye, à la condition d’administrer le temporel du titulaire, de commander ses troupes, de rendre la justice civile en son nom dans l’étendue de ses fiefs.

14 février 2012

Quels sont nos ancêtres les plus anciens identifiés à ce jour ? - 1ère partie

Rappel : La rédaction des actes judiciaires et la tenue des registres de baptême, mariages et sépultures de nos ancêtres furent officiellement créées vers la moitié du 15e siècle[1]. Mais en fait, l’ordonnance royale qui en avait décidé ainsi fut peu suivie. Ces registres ne furent mis en place effectivement qu’à partir de 1667, date où un texte royal, dit le « code louis » en élargit le contenu et obligea de les tenir en double exemplaire (le curé conservait l’original et le double était déposé aux greffes du bailliage ou de la sénéchaussée[2]).
Aujourd’hui, ces registres nous permettent donc théoriquement, de retrouver à partir de cette date, les individus qui avaient pour surnom notre patronyme actuel.
Mais qu’en est-il de ceux qui vécurent avant, durant la période où leurs surnoms apparurent[3] jusqu’à la mise en place de ces registres, c’est-à-dire entre les 11/13ème siècle et la moitié du 17ème?
A priori, aucune trace ne subsiste d’eux (à l’exception des nobles qui, par leurs activités ou leur influence, eurent l’occasion d’intervenir dans de nombreux actes).
Par conséquent, il devient intéressant de relever les rares exceptions à cette règle concernant les PAUZAT que nous avons pu trouver. 

Le plus ancien à porter notre patronyme, que nous connaissons à ce jour, est Arnaut PAUZAT, sans doute propriétaire terrien, qui est cité dans un inventaire de la châtellenie[4] de Bourdeille:
« le 10 avril 1398, il fait hommage au comte de Périgord[5] pour ce qu’il possède en la juridiction de Bourdelle ». 
vue du château de Bourdeilles et citation de Arnaud de Pauzat en 1398











Histoire du château de Bourdeilles :
Bourdeilles (Bordelha en occitan) est une commune française située dans le département de la Dordogne. Notons qu’au XIII siècle un grand nombre de localités, disséminées dans tout le Périgord, sont sous l'autorité des Templiers. 
Vers 1259, les guerres fratricides des Bourdeille contribueront à la démolition du premier château.
En 1365, la châtellenie de Bourdeilles compte près de 800 feux sur une surface de 300km2 environ. Les seigneurs successifs de Bourdeilles sont à la fois de grands propriétaires fonciers et détenteurs du droit de ban[6].
En 1341, Philippe VI de Valois cède Bourdeilles à Archambault IV, comte de Périgord. Bien que vassal du roi d'Angleterre depuis le traité de Brétigny, ce dernier se rallie au roi de France en 1369 et subit les foudres du Prince Noir. Édouard Plantagenêt assiège le château et s'en rend maître au bout de onze semaines " par grand advis et malgré escarmouches et grands apertises d'armes " (chroniques de Jehan Froissard). Huit ans plus tard, Du Guesclin et le duc d'Anjou reprennent la place.
Confié à des capitaines nommés par les comtes de Périgord, Bourdeilles devient un repaire de brigands et de pillards. Il faudra la remise du comté à Louis d'Orléans, en 1397, pour mettre fin à leurs agissements. La garde du château est alors confiée à Arnaud Ier de Bourdeille, descendant des premiers coseigneurs.
C’est ainsi, qu’en 1398, Arnaut de Pauzat fait hommage à son tour au comte du Périgord pour ce qu’il possède en la juridiction de Bourdeilles.
Rappelons que Bourdeilles se situe à moins de 20km, au NW de Périgueux, mais aussi à environ 30km de Jumilhac-le-Grand, l’un des centres du berceau Limousin des PAUZAT.

L’hommage :
Le début du Moyen Age est marqué par des invasions fréquentes et meurtrières ; devant le danger, des hommes libres demandent à des hommes plus puissants de les aider et de les protéger. En échange, ils acceptent de les servir et de perdre une partie de leur liberté. Plus tard, ces relations évoluent, et une cérémonie de l'hommage établit des liens entre l'homme qui demande protection "le vassal" et un seigneur riche et puissant : le vassal, à genoux, s'engage d'abord à être "l'homme" de son seigneur, ensuite il lui jure aide et fidélité sur les reliques, le seigneur en échange lui accorde une terre pour qu'il puisse vivre et le servir
La cérémonie de l’hommage a lieu au château du suzerain, elle est composée de trois parties importantes :
- le vassal jure fidélité à son suzerain, il est à genoux les mains dans les siennes
- le vassal et le suzerain échangent un baiser sur la bouche en signe de fraternité et de fidélité.
- le suzerain remet ensuite à son vassal un objet symbolisant la concession du fief, cette terre constitue le fief, le fief est à l'origine de la féodalité.
Un vassal qui ne respecte pas ses engagements est déclaré comme vassal félon, il perd tout ses bénéfices à commencer par le fief. 
Hommages à Arthur et à Charles d'Orléans, cérémonie à droite







Damoiseau[7] :
Á la même époque, on trouve un individu nommé Pierre ARNAUD (né en 1385, fils de Pierre ARNAUD et Éléonore BARRIERE) damoiseau de PAUZAT …
Ce PAUZAT avait donc certainement un rang social élevé, mais on ignore encore le lieu où il vivait. Était-ce Arnaut de PAUZAT ou l’un de ses parents?
La suite de « Quels sont nos ancêtres les plus anciens identifiés à ce jour ? » sera publiée dans le prochain article , à bientôt donc …

[1] « Entre le 10 et le 15 août 1539, le roi François 1er signe une ordonnance de 192 articles dans son château de Villers-Cotterêts.
Cette ordonnance très importante institue en premier lieu ce qui deviendra l'état civil en exigeant des curés des paroisses qu'ils procèdent à l'enregistrement par écrit des naissances, des mariages et des décès.
L'ordonnance établit par ailleurs que tous les actes légaux et notariés seront désormais rédigés en français. Jusque-là, ils l'étaient en latin, la langue de toutes les personnes instruites de l'époque ».
[2] Bailliage : tribunal qui jugeait au nom du bailli / circonscription soumise à la juridiction d’un bailli (officier d’épée ou de robe qui rendait la justice au nom du roi ou d’un seigneur).
Sénéchaussée : sous la juridiction d’un sénéchal, officier-chef de la justice et aussi de la noblesse.
[3] Voir le premier article de ce blog (14 septembre 2010) relatif à ce sujet.
[4] Territoire soumis à la juridiction d’un châtelain.
[5] En 1398, Archambaud VI le Jeune fut le dernier comte de Périgord, destitué en 1399, car le roi déposséda les derniers comtes de leurs terres, et le Périgord fut inféodé de nouveau en 1400 avec rang de pairie, au duc Louis Ier d'Orléans.
[6] En droit féodal, le seigneur haut-justicier dispose du pouvoir de faire des règlements et des proclamations publiques, ou droit de ban, sur l'étendue de son domaine, d'où il a aussi le droit de bannir les criminels. Ainsi, par un ban, le seigneur s'attribue, dès le XIe siècle, le monopole d'installations telles que four, halle (qu'à l'origine il était seul à pouvoir faire construire), forge, pressoir, moulin à grain, moulin à huile,..
[7] ce titre était donné au début du Moyen-âge « à un jeune gentilhomme qui n’était point encore reçu chevalier, et qui aspirait à l’être », mais vers la fin du Moyen-âge, à « un jeune noble accompagnant le châtelain ou la châtelaine à la chasse, à la promenade, au voyage, servant à la table, et faisant office de messager ».

25 janvier 2012

Les guerres de religion en vallée de Barétous

Les guerres de religion au XVIIe siècle touchèrent toute la France, mais jetons un regard particulier sur ce qu’elles furent dans le berceau béarnais des PAUSAT.

Au cours du XVI siècle, lassée par les « coupables dérèglements » de l’Église, une partie non négligeable de la population européenne se tourne vers le protestantisme, au culte dépouillé, sinon austère, privilégiant la foi et la prière.
En France, à partir de 1517, les idées luthériennes se sont propagées touchant en priorité la noblesse (le protestantisme, religion propagée par les livres, a eu peu d'audience auprès des paysans et du menu peuple urbain) et vont entraîner durant 40 ans une guerre civile continue.
C’est à cette époque, qu’en 1562, après la mort de son mari, Jeanne III d’Albret, mère du futur roi de France Henri IV, fit du Béarn un État protestant d’où elle avait chassé les catholiques dès 1564 en interdisant l’exercice et les manifestations de leur culte. Les ecclésiastiques qui ne se convertirent pas, durent s’exiler.
Catherine de Médicis, alors Reine de France, envoie Antoine de Lomagne, le Baron de Terride en 1569 pour y rétablir le catholicisme. Ce dernier établit un siège devant Navarrenx, mais Jeanne d’Albret appela au secours le Comte de Mongommery qui leva une armée protestante qui regagna le Béarn et obligea les catholiques à se replier sur Orthez où une bataille sanglante fit rage que les catholiques perdirent et où, 6 de leurs chefs furent amenés à Navarrenx, puis exécutés. Le Béarn resta donc protestant.
Comment ramener les hérétiques à la foi catholique
En 1598, l’Édit de Nantes signé par Henri IV assure aux protestants le libre exercice du culte dans les villes où il était pratiqué avant 1597 et le libre accès à tous les emplois. Mais à cette date, le nombre de ces derniers a diminué de moitié, celle restante est concentrée dans le Sud de la France où se concentrent plus de 80 % des fidèles.
Le Béarn est alors l’un des noyaux de cette religion en France, mais sa primauté y est en réalité fragile, seulement 15% environ des béarnais étaient acquis à la Réforme. Les circonstances politiques préservèrent cette primauté jusqu’en 1599 ; mais par exemple, dès 1594, les députés de la vallée de Barétous demandaient aux États la restauration du catholicisme.
Le berceau béarnais et carte du protestantisme en Europe
Malgré la liberté accordée aux protestants par l’Édit de Nantes, la répression durera cependant pendant tout le XVIIe siècle. En 1622, le roi Louis XIII mena une expédition en Béarn pour imposer sa stricte application.
Dans la vallée de Barétous, c’est-à-dire au cœur du berceau béarnais des PAUSAT, le village d’Arette reste catholique autour de François de Béarn, malgré la tentative d’en faire le centre de la nouvelle « église recueillie ». Les deux autres maisons nobles importantes de la vallée, Lanne avec Marie de Colomer, titulaire de la domenjadure[1] et Aramits dont le chef, Pierre, est un des fidèles de Jeanne d’Albret, sont passés à la Réforme.
Le seigneur d’Issor, Gaston, laisse faire la nouvelle religion qui s’y implante avec vigueur (28 familles protestantes ; en 1665, on compte 123 religionnaires pour 470 catholiques). Lorsque l’échec d’Arette sera patent, le ministre s’installera à Issor, puis devra l’abandonner pour Osse.
En 1661, le curé de Moncayolle, Bernard de Goyheneche, soulève le peuple. Surnommé Matalas, il devient intolérant envers les Réformés. Á la tête de quelques 3 000 hommes, il se rend à Montory où il fait régner la terreur, contraignant 15 chefs de famille à se rendre à l'église, une torche à la main et à jurer de vivre dans la foi catholique, les menaçant pour les convaincre, de brûler leurs maisons.
Le maire d’Issor, M. Jean-Jacques CAZAURANG[2], m’a confié qu’à cette époque, la population de sa commune était divisée en deux groupes, les partisans de la foi catholique vivant sur la rive droite du gave de Lourdios qui traverse le village et ceux de la Réforme sur la rive gauche !
A priori, les PAUSAT identifiés à ce jour sont « officiellement » catholiques, mais ceci est a nuancer, étant donné que mes recherches n’ont été entreprises que dans les registres de l’église catholique, ce qui expliquerait en grande partie cette situation. Notons que le lieu-dit « PAUZAT » se situe en amont d’Issor, sur la rive droite.

Avec la révocation définitive de l’édit de Nantes en 1685, le pouvoir feint de croire à la conversion massive des protestants. La religion est en principe tolérée, mais les pasteurs doivent se convertir ou s’exiler. Les fidèles eux, n’ont pas le droit à l’exil, afin d’éviter les départs d’artisans à l’étranger, la sanction qui leur est réservée sera la peine de mort et la confiscation de leurs biens, commuée en peine de galères à perpétuité.
Les moyens de persécution des protestants
C’est dans ce contexte « qu’une vingtaine de béarnais condamnés partirent pour Marseille, port d’attache principal. Habillés d’une camisole et d’un bonnet rouges, les fers aux pieds, ils ramaient sans ménagement du printemps à l’automne ».
La répression, dirigée en Béarn par  l’intendant Nicolas Foucault, se traduit par la fermeture de 15 temples sur 20, le stationnement de troupes dans certaines villes, le logement de celles-ci chez les protestants[3], les campagnes massives de conversion, la restriction de la liberté de mouvement des pasteurs, et enfin les contrôles sévères à la frontière avec l’Espagne (Somport, St-Jean Pied de Port).

 Les résultats actuels de mes recherches, circonscrits aux registres catholiques fournissent un nombre d’environ 50 individus ayant vécus en Béarn durant cette période. Le début des recherches du côté protestant n’a pour le moment rien donné. Mais cette recherche sera plus difficile, et certainement limitée quant à ses résultats, les registres protestants ayant pour la plupart disparus.


[1] une Domendajure est une terre noble sans maison fortifiée : ll y avait en Béarn au moyen-âge une catégorie "socioprofessionnelle" spéciale : les domengers. La Domenjadure ou « Domecq » était avant tout une maison noble dans le sens premier d' « affranchi du servage » , franche d’imposition. préfigurant la terre seigneuriale. Par exemple, la seigneurie d'Athos était une simple Domenjadure, qui avait comme privilège le péage du bac traversant le gave.
[2] M. Jean-Jacques CAZAURANG est le promoteur et corédacteur de l’ouvrage « BARÉTOUS ». C’est dans ce dernier, dans la partie traitant de l’histoire de la vallée que j’ai trouvé certaines informations citées dans cet article.
[3] En 1681, Louis XIV décide d'en finir avec « l'hérésie de Calvin ». Il envoie des régiments de soldats, les "dragons" chargés d'obtenir, par la persuasion en principe, mais en réalité par tous les moyens qu'ils jugeront bons, l'abjuration de l'hérésie.
Le procédé est simple : munis d'un billet de logement, les dragons, hommes et chevaux, se présentent chez les personnes que l'on sait acquises aux idées « pernicieuses » (la foi évangélique) et qui sont d'ailleurs souvent dénoncées par le curé lui-même. Le logeur doit alors héberger cavaliers et montures, les nourrir et de surcroît leur verser chaque jour une somme d'argent.
Le résultat des dragons missionnaires est immédiat : en quelques semaines on obtient ainsi des dizaines de milliers de conversions au catholicisme.