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28 juin 2015

Les prénoms et leur répartition géographique

Après plusieurs années d’enrichissement de la base de données, il est désormais possible d’en extraire des informations plus fiables qu’il y a cinq ans. Pour cette raison, cet article remplace et annule celui du 14 septembre 2010.

Du 17e au 18e siècle, on constate, du moins pour les individus portant le patronyme PAUZAT et ses variantes, que chaque région a une prédilection pour certains prénoms qui y deviennent majoritaires. Ainsi, par ordre décroissant du nombre de ces derniers, nous trouvons :
- En Auvergne :
o Antoine, Jean, Gilbert, Pierre et François pour les hommes
o Marie, Gilberte, Françoise, Anne, Jeanne, Catherine et Claudine pour les femmes
- en Béarn :
o Jean, Pierre, Bernard pour les hommes
o Marie, Jeanne, Catherine, Anne pour les femmes
- Le Centre :
o Jacques, Jean, et Étienne, Michel, Pierre, Thomas
o Marie, Jeanne, Magdeleine, Catherine, Suzanne, Anne pour les femmes
- en Guyenne :
o Jean, Guillaume, Pierre, François, Philippe, Michel pour les hommes
o Marie, Anne, Marguerite, Catherine pour les femmes
- En Languedoc :
o Antoine, Jacques, Jean, Pierre, François, Paul pour les hommes
o Marie, Jeanne, Catherine, Germaine, Françoise pour les femmes
- en Limousin :
o Jean, Pierre, Léonard, Bernard, François pour les hommes
o Marie, Jeanne, Marguerite, Anne, Catherine, Léonarde, Françoise pour les femmes
- En Périgord :
o Jean, Pierre, François, Léonard pour les hommes
o Marguerite, Jeanne, Marie, Sicarie (voir remarque ci-dessous), Catherine pour les femmes

Remarques :


1- Cette prédominance peut s’expliquer, et c’est une hypothèse, par le fait que le prénom donné à un nouveau-né durant l’Ancien Régime est toujours celui d’amis proches ou de membres de la famille habitant le même territoire, c’est-à-dire le village ou ses environs. Ainsi, un prénom déjà usité dans cet espace franchit les générations, par exemple du grand-père à son petit-fils, d’où les premiers prénoms choisis (souvent celui du Saint de la paroisse du village) perdurent au fil du temps.


2- Hormis les prénoms majoritaires placés en tête du « hit-parade » (Jean, Pierre pour les hommes, Marie pour les femmes), nous trouvons des spécificités telles que :
a. pour les hommes : Antoine en Auvergne et en Languedoc, Gilbert en Auvergne, Léonard en Limousin et en Périgord, Jacques pour le Centre.
b. pour les femmes : Jeanne en Béarn, Limousin et Périgord, Marguerite en Guyenne, Périgord et Limousin, Gilberte en Auvergne, Anne en Guyenne.


3- En Périgord, nous trouvons le prénom Sicarie. Son usage a eu son apogée dans cette région dès le 17e siècle et a décliné jusqu’à la fin du règne de Louis XIV. Ensuite, il connut une seconde vie pour disparaître au cours du 19e siècle. Son origine est religieuse et vient de St-Sicaire (un esclave d'Hérode qui se serait converti au christianisme après avoir participé sous les ordres de son maitre aux massacres des Innocents[1] ) dont les reliques auraient été déposées à l'abbaye Bénédicte de Brantome (diocèse de Périgueux) fondée par Charlemagne en 769.

Abbaye Bénédicte de Brantome et présence du prénom en France
Le pèlerinage de la fontaine Saint-Sicaire était très réputé. La fontaine soignait de l'infertilité et protégeait les enfants.




[1] Cette appellation vient du latin Sicarius signifiant tueur, assassin, porteur de dagues

31 janvier 2014

La survie de notre patronyme est-elle en péril?

Examinons un instant la question de savoir si, après avoir survécu depuis des siècles[1], notre patronyme risque de disparaître, faute de descendance masculine.

Ce phénomène n’est pas rare et des études montrent qu’en France, au 20e siècle, donc sur une période de 100 ans, sur 1.329.359 noms de famille différents répertoriés, 500.000 ont disparu pendant cette même période par non-transmission par les porteurs.
Si l’on estime, tous pays confondus, à environ 500/600 individus le nombre des contemporains se nommant PAUZAT, on peut se demander si ce chiffre ne se situe pas sous la barre fatidique sous laquelle son extinction est mathématiquement programmée.

En effet, si on extrapole la théorie scientifique appliquée pour les espèces animales[2], on pourrait comparer la situation de ce patronyme à celles du lynx d’Espagne ou du crocodile du Siam !
Mais qu’en est-il vraiment ?

Notre nom de famille n’est pas en effet aussi courant que MARTIN (environ 236.000 individus) classé 1er en France, suivi des BERNARD, DUBOIS, THOMAS, etc.
Selon les mêmes sources, notre patronyme se classe autour du 30.500ème rang et le total des personnes portant ce nom serait d’environ 300.
Cependant, si l’on compare ce dernier chiffre avec celui estimé à sa création qui devait être de l’ordre d’une ou deux dizaines[3], puis d’une centaine vers 1600, on constate une progression lente, mais pas de régression.

Pourtant, si l’on se réfère aux critères appliqués aux espèces animales, la loi générale est celle du seuil des 50/500 :
- 50 individus suffiraient à éviter la dépression consanguine : ce qui n’est pas à prendre en compte dans notre cas, les PAUZAT ayant la possibilité et même l’obligation (sévèrement surveillée par le clergé durant l’Ancien Régime, les dérogations étant rares[4]) de se marier avec des personnes du sexe féminin dont les liens du sang sont différents du leur[5].
- 500 suffiraient à conserver un potentiel évolutif : « Sous la barre d'un total de 500 individus, la population est considérée comme ne pouvant survivre dans la nature ».

Ainsi, si l’on se réfère à ce qui précède, notre patronyme aurait dû disparaître depuis plusieurs siècles, étant inférieur à ce chiffre. Pourtant, ce ne fut pas le cas.
Par conséquent, pourquoi s’inquiéter après plusieurs siècles d’une situation que nos ancêtres ont affrontée avec succès?

Ils ont su transmettre ce surnom à leurs enfants jusqu’à nous, et ceci malgré des périodes difficiles (conflits armés, épidémies, disettes, etc..)[6], sachant qu’à 20 ans, plus de la moitié sont déjà morts ! Rappelons qu’à son décès, Louis XIV avait perdu pratiquement toute sa famille, malgré son statut de privilégié.
Une des réponses est sans doute dans le nombre important d’enfants que chaque couple procréait, la moyenne était plus grande qu’aujourd’hui. Si actuellement celle-ci est légèrement supérieure à 2, elle était de 4,5 au 18e siècle et sans doute encore plus importante auparavant.

Par curiosité, prenons des exemples dans notre généalogie et examinons ce qu’il est advenu de la descendance de deux couples « performants » pour vérifier si le nombre d’enfants mâles, au bout de plusieurs générations, s’est accru ou a diminué.
Donnons la priorité au Béarn et à mon ancêtre Ambroise PAUZAT. Il est né en 1821 et malgré les séquelles d’une grave blessure survenue durant son service armé, il se marie en 1845 avec Élisabeth LAGRAVE et a une descendance de 13 enfants supposés[7], dont je n’ai identifié que 9 d’entre eux, dont 7 garçons.
Aujourd’hui, après 5 générations et durant une période où la mortalité infantile a régulièrement baissé de façon significative, il n’y a qu’un seul descendant mâle susceptible de perpétuer notre patronyme !

Étudions maintenant un autre cas, celui d’Henri PAUZAT, issu de la branche Castelnaudary, venu s’installer à Marseille comme pêcheur et patron de ponton en 1769.
Il a 5 enfants, tous des garçons, mais quatre meurent de mort violente dont François Barthélémy décédé en 1792 à Paris, lors de l’assaut des Tuileries.
Un seul survit pour assurer la descendance, ce qu’il fait avec brio ayant 11 enfants, dont 8 garçons qui auront à leur tour 32 enfants ! L’avancement de mes recherches ne me permet pas de savoir le nombre exact des PAUZAT contemporains composant la branche marseillaise actuelle, mais nous pouvons penser que la survivance de notre patronyme est a priori assurée pour cette branche.

En conclusion, il est difficile de tirer un enseignement clair de ces exemples. Le fait que notre nombre sur cette terre a lentement augmenté dans le temps est de bons augures. Les progrès de la médecine compensent la diminution actuelle du nombre d’enfants et la conjonction de ces deux facteurs fait que la probabilité de la survivance de notre patronyme reste sans doute à peu près la même qu’auparavant.

Attendons donc encore un siècle ou deux pour le vérifier !

[1] voir l’article du 14/09/2010, relatif au surnom PAUSAT
[2] théorie appelée biologie de la conservation qui évalue, pour une population et dans un certain contexte la population minimale viable, laquelle ne dépend pas que du nombre d'individus, mais aussi de la dispersion des individus, leur capacité à se rencontrer et à se reproduire
[3] dont les descendants, identifiés au début de la rédaction des actes paroissiaux et vivant par groupes géographiquement proches, constituent ce que j’ai appelé les berceaux : Limousin, Béarn, etc.
[4] En 1215 le concile de Latran IV réduit de 7 à 4 le nombre de degrés créant un obstacle au mariage dans la parenté. On calcule les degrés en comptant le nombre de générations jusqu'à l'ancêtre commun. En cas de dispense pour consanguinité, la demande était faite à l'évêché du diocèse, et à Rome pour le 2e degré. Dans tous les cas, il s'agissait de démarches payantes...
[5] Il existe tout de même 2 ou 3 cas où les deux conjoints se nomment PAUZAT, certainement que leurs degrés de parenté furent examinés avec soin.
[6] Au XVIIIe siècle en France, près d'un nouveau-né sur trois mourait avant d'avoir atteint son premier anniversaire, victime le plus souvent d'une maladie infectieuse. La situation change à la fin du XVIIIe siècle : la mortalité infantile se met à baisser rapidement et, vers 1850, la mort ne frappe plus qu'un nouveau-né sur six.
[7] On m’a indiqué que parfois les parents « oubliaient » de déclarer officiellement leur enfant, est-ce le cas ?

16 mars 2012

Les lieux-dits portant le nom de notre patronyme

Faisons aujourd’hui un peu d’onomastique[1] et abordons les lieux-dits dont le toponyme est le même que celui de notre patronyme[2] et tentons de savoir s’il existe une corrélation entre eux et, si oui, laquelle.

Un lieu-dit se définit « comme un endroit de faible étendue dont le toponyme est issu du nom de l’un de ses anciens habitants, d’une particularité propre à sa géographie, de son histoire locale ou d’un ancien village ».
Nous voyons ainsi que le premier critère est déjà un indice montrant qu’il est possible qu’existe un lien entre ces « lieux-dits Pauzat » et nos ancêtres. Mais si oui, est-ce toujours le cas ?
 Si l’on se réfère à l’époque où ces lieux-dits furent identifiés, souvenons-nous que leurs orthographes étaient souvent le reflet de leur écriture phonique. Citons : « S’agissant des lieux-dits, l'orthographe de ces noms paraîtrait vaine, puisque chaque curé, chaque maire, chaque secrétaire de mairie, a adopté sa propre version, qu'il modifiait éventuellement d'un acte à l'autre. Beaucoup de ces noms sont aussi des patronymes d'habitants de la commune, qui n'habitent d'ailleurs plus dans le hameau correspondant. »
Ce point est important, comme on le verra plus tard, car il ouvre cette recherche à des noms de lieu-dit dont l’orthographe n’est pas exactement celle de notre patronyme d’origine. Dans l’article  « Les Pouzat sont-ils des Pauzat qui s'ignorent ? » en mars 2011, nous avions fait la preuve que certains Pouzat de l’Yonne étaient en fait, à l’origine, des Pauzat[3]. 
Examinons maintenant les lieux-dits « Pauzat » recensés aujourd’hui :

1er cas : lieu-dit Pauzat, à Issor en Béarn
Son écriture ne comporte pas d’article (ex : Le Pauzat) et est très proche d’un autre lieu-dit ayant pour toponyme le nom d’une famille ayant des liens étroits avec les Pauzat du lieu, les Camgros.
On devine donc que ce toponyme n’est autre que le nom porté par des Pauzat qui vivaient à cet endroit. Il y existe d’ailleurs encore une ferme.

2ème cas : lieu-dit Pauzat en Puy-de-Dôme
Cet endroit se situe a priori près de la commune de Escoutoux, environ 30km à l’est de Clermont-Ferrand où « CALMARD Benoît, ex curé, domicilié à Pauzat[4], département du Puy-de-Dôme, fut  condamné à mort et envoyé à l’échafaud comme réfractaire, le 28 nivôse an 2 (17 janvier 1794), par le tribunal criminel dudit département. »
 Situation du lieu-dit Pauzat à proximité de la commune d’Escoutoux et sur la carte de Cassini avec son écriture phonique Posa relevée à l’époque.

3ème cas : lieu-dit Pauzat à Vieillevie en Cantal
Cette fois-ci, le contexte est différent, ce lieu-dit s'appelle « La Grange du Pauzat ».
Il s’agit « d’un endroit isolé, sur une colline dominant le Lot, sans trace d’habitation ou de four à pain autour de cette grange (cadastre en 1830), ce qui est très rare dans le coin » tel qu’en témoigne la nouvelle propriétaire de ce terrain qui en a fait son lieu d’habitation et une chèvrerie toute neuve, son mari y ayant installé à côté un atelier de lithographie.
 
Ainsi, au moment où les US et le Canada commencent à produire leurs propres fromages au lait cru, il est intéressant de voir qu’en France, notre nom participe à la sauvegarde de notre patrimoine gastronomique.
Notons qu’auparavant, cet endroit devait être un lieu de repos (la pause) pour les animaux en estive.

Il existe aussi en Provence des terres qualifiées Pauzat, l’inventaire des possédants bien à Château Gombert[5] en 1595 nous en donne un exemple :
- Honnorade BLANC               possède à Font Cuberte :                  Issard pauzat
- Anthoine JULLIEN                possède aux Prats :                            prêt pauzat
- Jean SARDOU dit Marrou     possède à Beaume Laugière :            Issard pauzat
Le document de l’IGN sur le glossaire des noms de lieux en France nous indique que 
-          Issart (essart, eyssart) signifie entre autres, terrain en friche, terrain vague, espace gazonné.
-          Quant au mot prêt, il s’agit certainement du mot pré, terrain où l’on conduisait les vaches.
Ceci étant dit, nous voyons que le qualificatif pauzat, commun à ces terres, doit certainement indiquer que celles-ci étaient des pâturages en été.
Le point commun à ces lieux-dits est qu’on y trouve aucune habitation destinée à héberger des familles. Leur nom est donc lié à l’usage qui en est fait et non à celui du propriétaire du site.

En conclusion, nous constatons qu’il n’existe que quelques lieux-dits « Pauzat » recensés à ce jour, mais que l’on peut partager en deux catégories : celle se référant au nom de la personne qui y a habité et celle qualifiant l’usage qui en est fait.
Il est aussi significatif de noter que les premiers sont situés dans des lieux coïncidant avec les berceaux « Pauzat » déjà connus et que les seconds se situent en dehors de ces derniers. Ceci met bien en évidence la distinction entre le surnom donné à un individu et celui donné à un lieu en fonction de son usage, à partir de la même appellation occitane.
Par ailleurs, il aurait été intéressant  de parler aussi des lieux-dits portant un toponyme dont l’orthographe est voisine (Pouzat, etc..)[6]. Mais, devant le nombre important recensé pour ces derniers (plus de trente seulement pour les lieux-dits « Pouzat ») et les questions que ceci soulève : (pourquoi sont-ils plus nombreux que ceux portant notre patronyme ? sont-ils des toponymes dont l’orthographe est dérivée de Pauzat, ou non ? et si c’est le cas pour certains, lesquels ?), ce sujet est reporté à plus tard et seulement, s’il sera possible d’en trouver l’explication ou de proposer des hypothèses plausibles.
Exemples :
Ardèche, plateau près du bord du Pouzat et Quercy, La combe du Pouzat

[1] Cette science étudie l'histoire et l'étymologie des noms propres. Elle se divise en deux branches : l'anthroponymie, consacrée aux noms de personnes (anthroponymes), et
la toponymie, consacrée aux noms de lieux (toponymes).
[2] L’existence et la répartition de notre patronyme en Occitanie depuis les 11/12ème siècles a fait l’objet du premier article de ce blog, en 2010.
[3] Ceci s’explique encore aujourd’hui en Catalogne sud, où mon nom se prononce PAOUZAT. Son écriture phonétique POUZAT serait donc encore potentiellement envisageable si le contexte social était le même.
[4] Il existe aussi la référence à la commune de Plauzat (environ 20km au sud de Clermont-Ferrand) comme lieu de cette exécution, durant la Révolution française.
[5] A partir de 1595, année du rattachement de Château Gombert au terroir de Marseille, plusieurs inventaires de possédants biens ont été effectués. Ces derniers, réalisés pour servir de base au calcul de l’imposition, donnent la cartographie du paysage du village et de ses environs.

29 septembre 2011

Survivance du surnom ou coutume ancestrale en voie de disparition ?

Dans l’un des premiers articles de ce blog, j’envisageais une hypothèse sur la naissance de notre patronyme, héritage du surnom donné à l’un de nos ancêtres[1].
Ce surnom, devenu nom de la famille, fut officialisé par l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, et notre patronyme actuel en est l’héritage, conservé ou modifié au cours des transcriptions intervenues jusqu’à nos jours.
La découverte d’un manuscrit catalan[2] faisant le point dans les années 1940 des surnoms (350) donnés aux habitants d’un même village (Castello d’Empuries, en Ampurdan-Catalogne Sud), m’a permis de mettre en lumière ce qui a pu se produire de façon systématique en Occitanie depuis le Moyen-âge.  
Il faut d’abord indiquer que les surnoms de ce village catalan sont encore en vigueur, en sus du patronyme officiel, mais cette coutume est en voie de disparition car les générations nouvelles les ignorent. Seuls les « anciens » les utilisent encore entre eux.
IL ne s’agit donc pas du premier processus enclenché vers le 11e siècle[3], mais d’un autre similaire qui s’est ajouté au précédent, simplement représentatif d’une constante dans les relations humaines consistant à affubler quelqu’un d’un surnom ou encore d’un sobriquet, donc à caractère péjoratif, et que l’on retrouve encore aujourd’hui, par exemple, pour certaines personnalités ou pour des professeurs dans les établissements scolaires (je me souviens du surnom « biquette » donné dans mon école à l’un de ses responsables parce qu’il portait un bouc) .

Ainsi, on trouve dans ce document (en catalan), entre autres, les surnoms ci-dessous. On y remarque des noms de métiers, d’animaux et .. des « traits de caractère ». Il faut noter que ce surnom (comme par le passé) désignait la « maison », celle qui regroupait, de génération en génération, la famille. On disait : « chez untel », c’est-à-dire « can untel » en catalan, « etche untel »l en basque, etc .  :
-          Divendres : Vendredi, surnom donné au grand-père de mon épouse, parce que l’un de ses ancêtres attendait le vendredi de certaines phases de la lune pour planter dans son potager.
-          la Catrina Grassa : la grosse Catherine
-          la Xica Patatas : la petite patate
-          Mico : singe
-          Poca-roba : peu habillé
-          Bonminyó : mignon, « le bon Dieu sans confession »
-          Cama bruta : jambe salle
-          Titella : marionnette
-          Cul de ferro : cul en fer
-          Frare : frère (religieux)
-          Canari : canari (oiseau)
-          Misses : messes
-          Rossinyol : rossignol (oiseau), surnom donné à un musicien
-          Girrarocs : qui fait rouler des cailloux
-          Esclopeter : sabotier
-          Gabatx : nom péjoratif désignant un français

Par comparaison, avec les surnoms donnés à des PAUZAT, que j’ai relevé dans mes recherches, on trouve (à l’exclusion des surnoms consistant à ajouter au nom de famille, celui de l’épouse pour différencier les individus ayant le même prénom) :
 
      -     Pauzat dit l’Orgueilleux (individu ayant vécu à Limoges, rue Ferrerie, voir ci-dessus)
-          Pauzat dit Béluquet, sans doute venant de beluguet : sémillant, pétillant
-          Pauzat dit Rey, qui ne fut en aucun cas roi de …
-          Pauzat dit le Renard
-          Pauzat dit Pétugon : ?
-          Pauzat dit la Tour Serviat
-          Pauzat dit Chinette : ?
-          Pauzat dit Coupiat : ?
-          Pauzat dit Couchés : ?
-          Pauzat dit Penillou : ?
On peut donc faire l’hypothèse que notre patronyme fut le premier surnom donné à nos ancêtres, et si aujourd’hui, on n’en trouve en majorité que de très policés, c’est que l’ordonnance de Villers-Cotterêts, avant de les officialiser, limita naturellement le nombre de ceux qui étaient des sobriquets, par trop injurieux ou caricaturaux.
Par la suite, la nature humaine reprenant ses droits, le premier surnom devenu banal, on en inventa de nouveaux s’ajoutant au premier.
Aujourd’hui, la dispersion géographique des familles fait progressivement disparaître cette coutume, celle-ci devenant marginale et éphémère.
Mais internet est-il là pour lui redonner une seconde vie, dans les blogs, Facebook, .. où l’on voit les surnoms que les individus se donnent eux-mêmes pour converser sur la toile ?

[1] Dès l'époque romaine, l'identité du citoyen comprenait, en plus du nom et du prénom, un surnom : le cognomen. Après la christianisation qui ne gardait que les noms de baptême, une trop grande fréquence d'homonymes contraint les autorités dès le 11e siècle à adopter des surnoms, d'abord germaniques, puis français. Au 13e siècle, ces surnoms, choisis en fonction d'un caractère moral, physique ou géographique, tendent à devenir héréditaires. C'est ainsi que le nom de famille fut créé et stabilisé dès le 15e siècle.
[2] L’Auca de Castelló per Joan Puig i Dalmau
[3] Voir sur ce blog, l’article de septembre 2010

15 juillet 2011

Comment nos ancêtres choisissaient leurs prénoms.

À notre époque, où le libre choix d’un prénom est la règle, les sites internet sur ce sujet étant nombreux, peu se souviennent ou tout simplement n’imaginent pas comment nos ancêtres à la naissance d’un enfant attribuaient un prénom à ce dernier.
La première réflexion, en voyant la répétition du même prénom le long des générations, est que ces derniers manquaient d’imagination. Mais ceci est inexact, les règles étaient toutes autres et le rôle des parrains et marraines majeur.

Tout d’abord, il faut considérer que chaque paroisse avait son église dédiée à un saint. Par exemple, pour les villages d’Issor et d’Arette en Béarn ces saints étaient St Jean pour l’un et St Pierre pour l’autre. Je cite :
«  … L'église Saint Jean l'évangéliste à Issor, l’église Saint Pierre à Arette, L'église St Martin à Lanne en Barétous … ».


église d’Arette (avant le tremblement de terre de 1967)                    église d’Issor

La conséquence logique était que chaque habitant d’un village avait l’habitude de donner le nom du saint de ce dernier à son premier enfant. La première phase du processus était ainsi enclenchée !
Ci-dessous, les prénoms attribués à des Pauzat, pour ces deux villages (période 1700-1850) :
-          Issor :             16 prénoms « Jean » et           2 prénoms « Pierre »
-          Arette :              5 prénoms « Jean » et         10 prénoms « Pierre »
À partir de ces chiffres, il est aisé de voir que le saint du village d’Issor est bien Jean et celui d’Arette Pierre.

Ci-dessus, l’acte de baptême en 1653 d’un Jean .. fils de Pierre, parrain Jean …

Remarque : si l’on trouve le prénom « Jeanne », féminin de « Jean » pour les filles, ceci n’est absolument pas le cas pour « Pierre ». Par contre, pour les filles on trouve un choix très important (dans toute l’Occitanie) du prénom « Marie » lié au statut et à la représentation systématique de la mère de Jésus dans toutes les églises.

Ensuite, il faut considérer le rôle des parrains et marraines dans le contexte religieux de l’époque.
À l’origine, pour le baptême des adultes, lorsque le catéchuménat s'est constitué au 4e siècle, il n'y avait pas encore de parrain, mais au cours de la cérémonie un fidèle se portait garant du catéchumène. On l'appelait "le sponsor" (celui qui pousse).
Pour le baptême des enfants, c'est au cours du 6e siècle en Orient et du 8e en Occident qu'apparurent les parrains et marraines qui représentaient une parenté spirituelle et qui eurent un rôle essentiel au cours de la cérémonie[1]. En effet, la mère n'assistait pas à l'église car l'accouchement était considéré comme une souillure.
Ainsi, le choix du prénom était du ressort, non pas des parents, mais du parrain et de la marraine, en général les grands-parents, puis les oncles et les tantes, etc.
Les parrains et marraines attribuaient à l’enfant le prénom de leur choix, en général le leur [2]!
Ceci ne devait pas être systématique, mais suffisamment répandu pour que son effet se fasse sentir sur le long terme.

Ces explications ne se veulent pas exhaustives ni entièrement exactes, mais indiquent simplement une règle qui devait être assez répandue en Occitanie. Par exemple, en Catalogne Sud, il y a encore 2 à 3 générations, celles-ci étaient encore de rigueur.

[1] Pendant longtemps, la tradition voulait que ce soit la grand-mère du côté maternel et le grand-père du côté paternel qui soit choisi pour faire office de marraine et de parrain. L'éducation chrétienne était ainsi assurée par les parents et les grands-parents. »

[2] En Bretagne, on trouve : « Quand le parrain et la marraine on fait la connaissance de leur filleul et accepté de le porter sur les fonds baptismaux, ils se mettent en devoir de lui donner un prénom. L'accord ne se fait pas toujours sans difficulté. Souvent cependant, le parrain donnait son prénom à son filleul, la marraine à la filleule, et on a longtemps ajouté pour les deux le nom de la Vierge, Marie. »










1 mars 2011

Les POUZAT sont-ils des PAUZAT qui s'ignorent ?

L’hypothèse émise dans le dernier article, supposant que chronologiquement le surnom « PAUSAT » a précédé celui de « POUSAT », se vérifie dans un acte de baptême datant de 1714, voir ci-dessous.

On trouve aussi plus tard en 1721, un autre acte où le rédacteur, apparemment maîtrisant parfaitement la langue et son orthographe, écrit « correctement » le nom de Charles PAUSAT, témoin d’un mariage, alors que ce dernier, en bas de l’acte écrit POUSAT d’une écriture hésitante. Voir ci dessous :

Ceci signifie donc sans doute, que l’écriture correcte est PAUSAT et que ceux qui ne maîtrisent pas suffisamment celle-ci écrivent le nom phonétiquement. On trouve ainsi plusieurs écritures différentes, comme POSA ou POSAT, voir ci dessous :

Il n’est donc pas étonnant que le patronyme POUZAT subsiste de nos jours, héritage de l’écriture POUSAT, elle-même issue de PAUSAT.
Ainsi, on trouve une cinquantaine de contemporains portant ce nom, principalement dans les départements de l’Allier et du Puy de Dôme, ceci révélant indirectement leur appartenance au berceau auvergnat des PAUZAT, lui-même commun avec celui du limousin.

En conclusion, bienvenue aux POUZAT dans la famille généalogique des PAUZAT !

14 septembre 2010

Les prénoms et leur répartition géographique

Du 17e au 18e siècle, on constate, du moins pour les individus portant le patronyme PAUZAT, que chaque berceau a une prédilection pour certains prénoms qui y deviennent majoritaires. Ainsi :
-          en Gironde :
§         François, Guillaume, Jean, Pierre pour les hommes
§         Catherine, Marie, Marguerite pour les femmes
-          en Limousin :
§         Bernard, Jean, Léonard pour les hommes
§         Antoinette, Jeanne, Marguerite, Marie pour les femmes
-          en Béarn :     
§         Ambroise, Bernard, Jean, Pierre pour les hommes
§         Élisabeth, Jeanne, Marie pour les femmes
Ceci peut s’expliquer, et c’est une hypothèse, que le prénom donné à un nouveau-né est presque toujours celui d’un membre de la famille, en général le parrain ou la marraine. Par conséquent, les premiers prénoms choisis ont perduré dans le temps.
CET ARTICLE EST REMPLACÉ PAR CELUI DU 28 SEPTEMBRE 2015