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24 juin 2013

Jean-Baptiste Pauzat Zuñiga à Cadix chez son oncle !

Il y a moins d’un an, j’ai cherché à avoir accès, par l’intermédiaire des AN de Paris, à la demande officielle de Jean-Baptiste[1] Pauzat d’ajouter à son nom, celui de Zuñiga. Par la lecture du contenu de ce document j’espérais y trouver le récit de son parcours, entre le moment où il quitta ses parents, laboureurs à Issor, et celui où il devint un personnage connu à Bordeaux, comme négociant et armateur commerçant avec le Mexique, ceci vers 1825.
Dans un premier temps, j’ai effectué des recherches à Zuñiga[2], petit village de Navarre en Espagne. Mais ces recherches se sont avérées vaines. Il restait une autre commune située près de Murcie portant le même nom. Cet endroit semblait curieux, car très éloigné de son Béarn natal, mais pourquoi pas, car la présence de français dans le sud de l’Espagne était encore très importante à cette époque.
Finalement, la réponse des AN de Paris lève le voile sur cette partie de la vie de notre personnage. Il est bien parti de chez ses parents pour aller en Espagne, mais … pour Cadix, ville située toute au sud de la péninsule ibérique.


Si l’on se situe dans le contexte historique, rappelons que la cité andalouse était depuis le 16e siècle l’un des principaux ports de la façade atlantique. Elle y attira de nombreux commerçants venus de toute l’Europe qui cherchèrent à profiter de la situation privilégiée qu’occupait ce port, centre névralgique des échanges commerciaux entre les deux continents l’Ancien et le Nouveau Monde.

Depuis 1680 Cadix disposait, en effet, d’un monopole de fait sur le commerce avec l’Empire colonial espagnol : elle est la seule ville autorisée à y exporter des marchandises et à en importer les richesses (fruits et métaux précieux).
Ainsi, parmi tous les étrangers installés à Cadix[3], la colonie française comptait déjà plusieurs dizaines de membres au début du 18e siècle. À l’apogée de ce commerce, Cadix comptait plus de 10 000 étrangers (pour une population de 70 000 habitants) dont 2000 Français de toutes origines. Selon le recensement de 1777, les Limousins (366) et les Basco-Béarnais (201) constituaient les pourcentages les plus élevés. Citons :
« les négociants français éprouvèrent en effet le besoin d’installer des filiales à Cadix dont les principales fonctions étaient la réception des marchandises expédiées depuis la France, leur placement à Cadix auprès des cargadores[4] habilités à pratiquer le commerce colonial et l’acquisition, en retour, des « fabuleux métaux » et des denrées coloniales américaines ».

Cependant, sans doute par un réflex compréhensif, ces négociants ne délèguent pas leurs pouvoirs aux habitants de Cadix, mais à des membres de leur famille qu’ils envoient sur place. C’est eux qui vont constituer ces colonies d’étrangers. Citons :
« les bonnes familles de négociants de Paris ne se servent jamais de commissionnaires, et envoient leurs enfants, leurs frères ou autres parents demeurer actuellement sur les lieux pour faire le négoce, et que les Hollandais, les Anglais et les Italiens agissent de même et ne se confient jamais qu’à eux-mêmes pour régir et gouverner leur commerce »

Par la suite, « les modalités de la présence française changèrent profondément, les établissements correspondant au modèle de la filiale familiale exécutant des ordres pour le compte d’une maison-mère demeurée en France s’effaçant au profit de nouvelles formes. La colonie française tendit ainsi à se démocratiser et, aux côtés des quelques grandes familles anciennement installées, se développa tout un tissu de petits comptoirs et de grosses boutiques, tenus par des marchands de moindre envergure, souvent béarnais, venus tenter leur chance à Cadix ».
Ainsi, on constate en effet : « une forte mobilité chez les jeunes négociants – qu’il s’agisse de jeunes Français venant à Cadix pour s’y former ou y assurer la gestion de la commandite familiale ou des fils des négociants français de Cadix qui se rendent à l’étranger pour le même genre de raisons ».

Et c’est ainsi que notre J-B quitta Issor en 1786, à l’âge de 16 ans, pour aller à Cadix rejoindre un oncle qui y tenait une maison de commerce.
Il n’y a pas d’information supplémentaire qui permette d’identifier cet oncle, mais il s’agit vraisemblablement de Bernard PAUZAT (n°1181)[5], l’ainé et le seul des trois oncles de J-B dont il n’a pas été possible de trouver, à ce jour, une trace de sa descendance en France.

début de sa demande (écrite à la 3e personne)
Rappelons que J-B est le cinquième enfant d’une famille qui en comptait six, et qu’il est le seul petit-fils à qui son grand-père Jean PAUSAT (n°334) lègue[6] en 1781 la somme de 75 livres :
« Item, a dit ledit testateur, qu’il laisse et lègue à Jean-Baptiste Pausat, son petit-fils, une somme de soixante-quinze livres, au-delà des droits de légitime qui pourront lui …..»
Ceci semblerait signifier qu’à cette date, mais ce n’est qu’une hypothèse, le projet de se rendre plus tard à Cadix, pour y rejoindre l’un de ses oncles, serait peut-être déjà envisagé au sein de sa famille et que cette somme devait l’aider dans cette future entreprise, ceci alors qu’il n’a que 11 ans !
En 1786, à la veille de la Révolution française, J-B, profitant de l’une des filières existantes, partit donc à Cadix, vraisemblablement accompagné d’autres béarnais comme lui, et a priori sous la responsabilité de l’un d’entre eux plus expérimenté, comme c’était alors l’usage[7].

Parmi ses compagnons de voyage, peut-être des héritiers de grandes familles de négoce, mais des études récentes montrent que :
« la majorité des ressortissants français recensés dans le padron[8] de 1791 sont issus des petites vallées pyrénéennes qui rayonnent autour de Pau. D’un niveau économique bien moindre que celui des grandes firmes, ils répondent à des logiques migratoires que l’on devine être très différentes et beaucoup plus proches de celles qui animent les migrants contemporains : attraction des hauts salaires gaditans[9], illusion de la richesse d’une ville dans laquelle transite la quasi-totalité de l’argent consommé en Europe, mirage d’un enrichissement qu’on espère rapide, existence de filières extrêmement localisées (Oloron, Sorholus) … autant de facteurs qui expliquent cet afflux ».

La baie de Cadix et vue sur la ville au soleil couchant, face à l’Atlantique.
J-B resta à Cadix avec son oncle jusqu’en 1793, soit pendant 7 ans environ pendant lesquels, il apprit son métier de négociant et fit la connaissance, a priori, de correspondants installés au Mexique, constituant ainsi un réseau d’affaires qui lui facilitera plus tard son établissement dans ce pays.
La date de son départ de Cadix n’est pas fortuite, elle correspond à la déclaration de la guerre entre la France et l’Espagne. « Après 1789, la situation des Français se dégrada radicalement en réaction à la ­Révolution française, ils furent l’objet de nombreuses mesures vexatoires et furent finalement expulsés du pays en 1793, lorsqu’éclata la guerre de la Convention[10] (1793-1795) ».

Remarquons que les termes utilisés dans sa demande « l’anarchie qui désolait sa patrie en 1793 » sont ambigus, car ils laissent supposer qu’il s’agit de troubles ayant eu lieu en France[11], alors que très certainement ce sont ceux ayant lieu à Cadix qui sont la cause de son départ.
Il quitte donc l’Espagne à 23 ans, pour se rendre directement à Veracruz où il se mariera et restera 9 ans jusqu’en 1822.
Le mystère reste cependant entier sur l’origine de sa fortune, a-t-elle débuté à Cadix ? A-t-il hérité de son oncle avant de quitter Cadix ? Ou tout simplement, ayant fait quelques économies, il les a fait fructifier au Mexique.

Pour conclure, signalons que nous n’avons aucune information sur son oncle, ni s’il a quitté lui aussi l’Espagne. Cependant, dans le cas où il ait choisi d’y rester, rappelons, comme nous l’avions évoqué dans un article précédent[12] qu’il exista un Bernardo PAUZAT à Madrid au début du siècle précédent, s’agirait-il d’un petit-fils du premier ?


[1] Désormais identifié : J-B
[2] Voir l’article, sur ce blog, du 30/06/2011
[3] L’Espagne du XVIIIe siècle n’a pas une structure économique suffisamment solide pour assumer la responsabilité de ce commerce : son industrie est incapable d’alimenter les marchés coloniaux, son capitalisme n’est pas assez dynamique pour financer les coûteuses expéditions maritimes. Le recours à des compétences étrangères s’impose pour assurer le bon fonctionnement de la Carrera de Indias, la route du commerce colonial.
[4] Armateurs habilités à « charger » pour les Indes
[5] En 1781, lors du testament de son grand-père, selon les déclarations de ce dernier, J-B avait 3 oncles encore en vie : Bernard (né en 1735 et marié à Marie Poueymirou d’Angous), Jean (né en 1742, marié à Élisabeth Bayres d’Arette) et Jean (né en 1746, marié à Marie Salanave d’Arette).
[6] Voir l’article du 05/10/2011 : le testament du laboureur Jean PAUSAT d’Issor
[7] « Le départ n'est pas une aventure. Les émigrants, dans leur grande majorité, sont jeunes, aux environs de 25 ans, et célibataires. Ce ne sont pas les plus pauvres, car pour s'en aller il leur a fallu réunir quelque argent. Ils se groupent pour faire le voyage «sous la direction d'un ancien qui connaît le chemin, les étapes et le lieu de destination». Ce voyage, entrepris généralement entre février et novembre, peut durer 3 à 4 semaines. À son arrivée le jeune Limousin n'est pas davantage isolé: son groupement professionnel, qui dispose d'une caisse commune, le prend en charge et lui procure du travail; il retrouve en outre, soit parmi ses compagnons, soit ailleurs, des compatriotes de son village ou de localités voisines, des amis, souvent des parents ».
[8] Recensement effectué à Cadix pour y comptabiliser les étrangers.
[9] Habitants de Cadix
[10] On sait qu’en mars 1793, dans les jours qui suivirent la déclaration de guerre de la France à l’Espagne, le gouvernement espagnol prit des mesures de représailles à l’encontre des marchands français résidant dans la Péninsule qui, deux ans plus tôt, avaient refusé de prêter le serment de fidélité à Charles IV exigé de tous les étrangers vivant en Espagne : leurs biens furent saisis et ils furent expulsés du territoire espagnol.
[11] En 1793, Louis XVI est exécuté et c’est le début de la Terreur
[12] Article du 29/12/2011 : « les Pauzat en Espagne
»

29 juillet 2012

Le mariage au Mexique de Jean-Baptiste Antoine Pauzat de Zuñiga

Á l’exemple de ceux qui voient un mirage, croyant s’en approcher et le voyant se dérober sans cesse, chaque information supplémentaire sur la vie de J-B P Z rend l’énigme de son parcours plus mystérieux et la connaissance de la réalité de ce dernier plus lointaine. Ainsi, peut se résumer la recherche récente sur son mariage à Veracruz.
Son acte de décès nous avait appris qu’il s’était marié avec Jeanne Marie Torres i Millan, nous ne savions pas où et quand. Le nom de son épouse étant à l’évidence d’origine hispanique, il était probable qu’elle soit native d’Espagne ou de l’une de ses colonies aux Amériques. C’est cette dernière hypothèse qui est confirmée par une déclaration écrite de celle-ci, lors d’une procuration destinée à régler les problèmes de succession, après le décès de son mari.
Elle déclare « s’être mariée à Veracruz ». Cette ville est donc au cœur du mystère de ce personnage et nous avons maintenant la preuve qu’il a vécu au Mexique dans cette ville.


Nous apprenons aussi qu’il a fait un premier testament à Cuba à La Havane en 1823, sans doute en fuyant lui aussi les troubles de la révolution mexicaine. Cette même année, il quitte ensuite ce pays pour se rendre aux United States, où il débarque le 4 avril à New York.


A-t-il séjourné longtemps dans ce pays ? nous le savons pas. Il n’existe, à ce jour, aucune trace de lui aux United States, hormis ce relevé de son arrivée à New York.

La recherche de son acte de mariage à Veracruz, possible grâce aux relevés disponibles sur le site FamilySearch de L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, nous apprend lors d’une première tentative couvrant les années de 1792 à 1826 qu’il existe le 17 mai 1809 à Veracruz, un acte relatif au mariage d’une dénommée Jeanne Marie Torres i Millan, ayant donc exactement l’identité de son épouse, avec un individu s’appelant Antonio Lazaro Passcot de Zuñiga.


Copie de l’acte de mariage : nom de l’époux, Tonio est le diminutif d’Antoine  




S’agit-il d’un premier mariage de celle-ci avant d’épouser en seconde noce J-B Pauzat ?
La lecture de l’acte fournit les informations suivantes :
-          elle est âgée de 22 ans, native de Veracruz
-          lui, âgé de 40 ans, est le fils de Bernardo Passcot et de Francisca Zuñiga, habitant Veracruz depuis 20 ans et étant né en Espagne, à Cadix.

Par conséquent, il ne s’agit pas de J-B Pauzat Zuñiga, car ce dernier :
-          est né en France et non en Espagne
-          Lazare n’est pas l’un de ses prénoms
-          le nom des parents ne coïncide pas,
mais :
-          Il a aussi environ 40 ans à cette date
-          il s’appelle lui aussi Antoine (ce prénom apparaît en premier dans plusieurs documents).
-          il est possible qu’à cette date, il ait résidé 20 ans à Veracruz (de 1789 à 1809)
-          est-ce une coïncidence ? on retrouve le nom de Zuñiga[1] (celui de la mère de l’époux)
-          Passcot est-il une erreur d’écriture de Pauzat ?

En conclusion, il semble a priori qu’il ne s’agisse pas de l’acte concernant le mariage de J-B P Z. Par contre, il existe une forte probabilité pour qu’il soit celui de son épouse. En effet, il est peu probable que dans la même ville et à la même époque, il existe deux personnes ayant les mêmes prénoms (Juana et Maria) et les mêmes noms de parents : Torres pour le père et Millan pour la mère (s’agit-il de deux sœurs ?).
Á partir de ce constat, n’ayant pas trouvé à Veracruz d’autres actes où figure J-B Pauzat, le mystère reste entier et les recherches doivent donc être poursuivies vers d’autres pistes. Par exemple, à partir de sa demande adressée au roi Charles X pour modifier son nom, en effet, l’inventaire de sa maison stipule l’existence de 6 pièces concernant celle-ci. La récupération de ce dossier aux Archives Nationales[2] de Paris permettra, je l’espère, d’en savoir davantage sur les raisons qui l’ont motivé.

Remarques :
1-             Nous trouvons systématiquement en marge des actes de mariage l’expression : casados y velados, ceci signifie littéralement : « mariés et voilés ».

Á cette époque, l’église imposait que les noces se déroulent selon une double cérémonies séparées temporairement, consistant un jour en l’acte traditionnel de mariage et un autre jour celui de la « velación ».
La cérémonie du « velado » regroupait les mariés et leurs parrains tenant tous les quatre une bougie dans la main, les mariés étant de plus couverts d’une cape, totalement pour la femme, l’homme gardant la tête découverte, ce qui symbolisait qu’il était libre. Sur les mariés on étendait aussi une cordelette qui représentait le yugo (joug).
Dans l’intervalle de temps qui séparait les deux cérémonies, le couple n’était qu’à moitié marié. Ceci donnait la possibilité de divorcer, un « divorce étrange », car le mariage n’était pas consommé : « Dieu ne les ayant pas unis, l’homme pouvait les séparer ».
Seulement, une fois les deux cérémonies effectuées la consommation du mariage était consentie, ainsi que le partage de la table, de la maison et du lit.

2-   Il est curieux de noter que dans la même branche béarnaise de J-B Pauzat, originaire du village d’Issor, il y ait des Pauzat qui émigrèrent à leur tour au Mexique au XXème siècle, certains s’y marièrent et d’autres y vivent encore de nos jours !


[1] Jean-Baptiste Antoine Pauzat fera ajouter officiellement le nom de Zuñiga au sien en 1825, par ordonnance royale, avec pour argument qu’il est connu sous ce dernier depuis longtemps.
[2] Malheureusement, les archives étant en cours de déménagement, la consultation de celles-ci ne pourra reprendre qu’au début de l’année prochaine.

27 juin 2012

Qui est Jean-Baptiste PAUZAT ZUÑIGA ? suite

Accompagné de mon épouse, j’ai passé quelques jours aux Archives départementales de Bordeaux pour chercher des informations supplémentaires concernant Jean-Baptiste PAUZAT ZUÑIGA et nous permettre de progresser dans la recherche de l’énigme entourant sa vie[1].

Rappelons que 5e enfant d’une famille de cultivateurs du village d’Issor en Béarn, il a 20 ans au moment de la Révolution française et …. quelques années plus tard, nous le retrouvons à Bordeaux, où il finira ses jours en 1839, riche négociant, armateur, faisant du commerce avec de nombreux pays, principalement le Mexique dont il deviendra le consul dans cette même ville. 


Vues des Archives départementales et de la maison située rue Esprit des Lois, à Bordeaux

Les documents trouvés nous apprennent que contrairement à une hypothèse initiale développée dans ce blog, il n’a pas eu de descendance, du moins vivante au moment de son décès. D’autre part, nous avons pu constater, dans plusieurs documents, qu’il portait aussi le prénom d’Antoine, ainsi donc, il s’appelait Jean-Baptiste Antoine, ce qui a donna en espagnol : Juan Antonio. C’est donc lui qui quitte La Havane pour se rendre à New York en 1823.
Son testament (olographe[2] du 19 août 1837) indique qu’il est resté proche de sa famille car, étant donné qu’il décède sans descendants, il lègue un quart de sa fortune à son neveu Jean-Baptiste Pauzat (maire d’Issor) et un autre quart à ses petits neveux, fils de ce dernier, Pierre Auxence et Henry Jean Antoine, tous deux mineurs au moment de son décès[3].
Nous apprenons aussi, dans une procuration faite par sa femme, après son décès (qui signe : Juana Maria TORRES de ZUÑIGA), qu’ils se sont mariés à Veracruz au Mexique, où ils avaient une maison rue St Augustin le Vieux[4] , ladite procuration ayant été faite pour vendre cette dernière.
D’autre part, l’inventaire de ses affaires personnelles et du mobilier de la maison de Bordeaux où il est décédé, 20 rue Esprit des Lois (actuellement le n°27), nous donne une idée de ses goûts et de son mode de vie. À noter son penchant pour les bateaux, en effet, dans cette maison les lits en acajou avaient une forme de bateau.
Par contre, toutes ces informations ne lèvent pas le voile sur l’énigme du début de son parcours et pourquoi, plus tard, il se fera appeler PAUZAT ZUÑIGA, surnom officialisé par une ordonnance royale en 1825.

En revenant sur nos pas, nous avons visité le berceau « Guyenne » des PAUZAT, c’est-à-dire les villages de Vayres et Arvayres situés au bord de La Dordogne, à quelques kilomètres de l’endroit où ce fleuve rejoint La Garonne, pour former l’estuaire de la Gironde.
En dépit de ses dangers et de ses irrégularités, c’est en effet ici qu’ils étaient, tous marins, bateliers ou constructeurs de navire et où ils vivaient déjà au 17e siècle[5], certains, habitant à St-Pardon, exerçaient aussi le métier de passeur.
À cet endroit, le fleuve est large, soumis aux marées, et ces flux et reflux devaient rendre leurs manœuvres dangereuses. Déjà, on trouve un PAUZAT décède noyé dans la « zini » de La Dordogne en 1609 !
Aujourd’hui, il n’y a plus de bateau, seul un bar-restaurant anime cet endroit où les spectateurs du mascaret[6] viennent voir le spectacle de la vague remontant ce fleuve.
 

Vues de St-Pardon, accès au fleuve et maison existante en bordure 

Le prochain article, dans la continuité de celui-ci, fera le point sur ces nouvelles informations recueillies sur Jean-Baptiste PAUZAT ZUÑIGA et sur les recherches encore possibles pour résoudre l’énigme du début de sa vie d’adulte. 

[1] Voir les articles précédents le concernant dans ce blog
[2] testament écrit entièrement par le testateur.
[3] Voir les arbres généalogiques du berceau béarnais : branches BEYEYE (Bé05) et MIRANDE (Bé08)
[4] Cette rue, située encore aujourd’hui dans le vieux quartier de Veracruz, porte le nom du monastère de l’ordre de St Augustin qui y était alors implanté, auquel s’ajouta à proximité un second. Ainsi, l’ancien porta le nom de St Augustin le Vieux par opposition au nouveau.
[5] Voir l’article les concernant sur ce blog, du 18/10/2010.
[6] Longue vague déferlante provoquée par la progression rapide du flux dans un estuaire

28 septembre 2011

Nouvelle brève concernant PAUZAT-ZÚŇIGA

Un appel téléphonique de ce jour, au diocèse de Pampelune en Espagne, nous apprend que notre ancêtre béarnais n’est probablement pas venu émigrer à Zuniga en Navarre.
Grâce à l’amabilité du responsable des archives qui a fait les recherches en ce sens, n’ayant rien trouvé, nous savons que celles-ci doivent s’orienter vers le village de Zuniga à proximité de Murcie au sud de l’Espagne.
Cette hypothèse semblait a priori improbable, mais depuis, ayant appris que de nombreux béarnais venaient dans le sud de ce pays pour y trouver du travail, ceci semble plus réaliste. Nos ancêtres n’hésitaient pas à faire de long voyage … à pied pour exercer un métier dans ces régions en manque de main-d'œuvre, même provisoirement, en faisant des allers-retours!
D’autre part, le port de Cartagena était un port important axé vers le Nouveau Monde et donc vers le Mexique où plus tard Pauzat Zùñiga exercera un commerce florissant depuis Bordeaux.


30 juin 2011

À la recherche de Jean-Baptiste Pauzat Zuniga – suite des épisodes précédents

Une semaine de congés prise dernièrement m’a donné l’occasion de passer voir le village de Zúñiga en Navarre, lieu supposé être celui où notre « héros » a vécu et où il a eu des attaches suffisamment fortes pour désirer, quelques années plus tard, faire ajouter le nom de ce village au sien.
 
C’était jusqu’à ce jour l’hypothèse la plus vraisemblable, car considérée jusqu’à présent comme la seule, reposant d’une part, sur la proximité du village de Zúñiga en Navarre avec celui d’Issor en Béarn (les deux étant symétriques par rapport aux Pyrénées) et ...
 
... d’autre part, sur l’existence des relations étroites qui lièrent ces deux régions. Le texte ci-dessus datant de 1640 en est le témoignage.
D’où la raison de ma démarche de me rendre à Zúñiga et où grâce à l’amabilité du secrétaire de la mairie, je pus être mis en contact avec le responsable des archives de l’archevêché de Pampelune[1]. Ce dernier me proposa d’effectuer des recherches à partir des informations que je lui ai communiquées depuis par courrier. Nous serons donc prochainement s’il existe des traces de J-B P-Z en Navarre.
Enfin, cette visite m'apporta une donnée nouvelle dont l’ancien maire du village m'informa : « il existe un autre village portant le nom de Zúñiga, il se situe en Murcie, à proximité de Lorca ! ».
Cette nouvelle hypothèse semble aussi crédible que la première, car nos ancêtres n’hésitaient pas à voyager très loin pour trouver du travail. Le texte ci-dessous, relatif à l’émigration des béarnais vers l'Espagne, en rend compte :
 «  l'Aragon préférentiellement, évolua au fur et à mesure de la Reconquista -terres espagnoles reprises aux Arabes (à laquelle l'armée du vicomte de Béarn prit une grande  part), car les terres reconquises -de population restreinte-  avaient un grand besoin de main-d'œuvre. Le flot de personnel, du Béarn vers  l'Espagne, a été dès lors ininterrompu, avec une pointe aux XIV° et XV° siècles.  À cette époque, les Béarnais avaient pris l'habitude d'aller loin en Espagne pour gagner leur pitance; c'est ainsi que dans certains villages, le tiers des hommes partaient Outre-Pyrénées durant 8 à 9 mois de l'année. Nombre d'entre eux se spécialisèrent dans la profession de bergers, hongreurs (castreurs), forestiers, tondeurs, etc... . Ils "poussaient" jusqu'à Valence[2] et en terre andalouse, où beaucoup  de ces béarnais voyageurs ont fait souche.  L'un des descendants de Béarnais -originaire de Tabaille-Usquain de cette première vague est à l'origine du célèbre brandy Domecq. »
En conclusion, tel le voyageur dans le désert qui voit le mirage s’éloigner de lui au fur et à mesure qu’il avance, nous voyons notre hypothèse s’effacer. Mais pour le moment rien n’est encore sûr et surtout, nous avons un « nouveau mirage » à poursuivre qui risque, en fait, de déboucher sur une réalité, celle de « l’oasis recherchée », sinon, il faudra traverser l’Atlantique et chercher du côté du Mexique !
La suite au prochain épisode.

[1] les archives du village y ont été transférées récemment
[2] « En ce moment, je (il s’agit de Joan-Carles, étudiant de Valence, faisant des recherches sur l'émigration gasconne en général et béarnaise en particulier,  en terre valentinoise , du XV° au XVII° siècles) suis en train de réaliser une recherche aux Archives municipales de Valence, sur une série de livres appelés “Llibres d´Avehinaments”, dans lesquels sont inscrits tous les noms des forestiers qui demandaient le droit de jouir de certains privilèges pour devenir citoyen (à part entière) de la ville de Valence. Entre les années 1550 et 1611, il y est indiqué une grande quantité de personnes, avec noms et prénoms, venant du "Royaume de France" et de la Principauté de Béarn".
Curieusement, beaucoup d'actes de naturalisation viennent accompagnés de la correspondante "dénaturalisation" du lieu d'origine (la majorité du Béarn et de Bigorre, mais aussi du Gers et de l'Agenais), écrits en langue occitane/gasconne. Dans un document de 1617, écrit par un voyageur français, il est dit que plus de 15.000 Français vivent dans la ville de Valence. Étant donné que la population de la ville et de ses alentours était de 56.000 habitants; les "Français" composaient , plus de 25%  de la population totale.





5 mai 2011

Bernard Pauzat part à Cuba pour le compte de son oncle

Bernard Pauzat est né à Vieilleségure[1] le 7 nivôses de l’an 12 de la République, soit le 29 décembre 1803.
À cette date, son jeune oncle Jean-Baptiste Pauzat, âgé de 33 ans, a sans doute déjà quitté la ferme familiale à Issor pour un parcours que nous ignorons à ce jour[2].
Plus tard, ce dernier s’étant installé à Bordeaux comme négociant et armateur, prendra Bernard avec lui, 23 rue de l’Esprit des Lois[3], et lui confiera la tâche de développer son commerce avec l’Amérique du Sud vers Cuba, à La Havane.
Bernard a alors 24 ans, son passeport établi à cette occasion nous précise bien ces informations, voir ci-dessous :
Y aura-t-il un lien entre cette démarche à Cuba et celle déjà existante avec le Mexique, échouera-t-elle ? Nous ne le savons pas. Ce mystère est lié à la personne de Bernard Pauzat dont nous ignorons la suite de son parcours : est-il resté à Cuba, est-il revenu en France, est-il allé rejoindre son cousin Juan Antonio Pauzat à Veracruz ?
Les réponses à ces questions font désormais partie de nos futures recherches et de celles de ceux qui voudront bien nous aider à y parvenir. Merci d’avance.

[1] Vieilleségure est un petit village situé au NW de Pau et donc déjà assez éloigné du berceau béarnais de sa famille, c’est-à-dire Issor et Arette.
[2] Qui se fera appeler Pauzat-Zuniga, voir les articles le concernant sur ce blog
[3] Qui donne sur les quais de La Garonne, ce qui est normal pour un armateur qui devait surveiller son commerce

31 mars 2011

L’épouse de Jean-Baptiste PAUZAT-ZUŇIGA identifiée !

Merci à la mairie de Bordeaux qui, ayant répondu aimablement à notre courrier, nous permet de lever un peu plus le voile sur le mystère entourant notre personnage.
Ce dernier avait donc pour épouse Jeanne TORRES I. MILLAN.
Le nom de cette femme figure sur l’acte de décès de ce dernier, ainsi que l’existence d’un fils supposé dont les témoins ignorent le nom exact … puisque la mention le concernant n’est pas complétée.
Ces informations nous informent d’une part, que l’épouse a un nom d’origine hispanique (soit en Espagne, soit au Mexique), malheureusement pour nous, très répandu, signifiant TOUR ou près de la TOUR.
Les premières recherches à son sujet n’ont pour l’instant rien donné.
Jean-Baptiste l’a-t-il épousée en Espagne (au village de Zuñiga) ou au Mexique, à Veracruz, parmi la colonie espagnole qui y vivait alors, avant l’indépendance de ce pays ?
D’autre part, l’existence supposée du fils Juan Antonio PAUZAT-ZUNIGA se confirme, ainsi que le fait qu’il soit né au Mexique et y soit resté (en dehors de la période d’exil en France entre 1821 et 1827). Ce qui explique l’ignorance des témoins lors de l’acte de décès. Si ceci est exact, le mariage de Jean-Baptiste avec Jeanne TORRES a certainement eu lieu au Mexique.

L’étape suivante sera donc de trouver l’acte de décès de cette femme, probablement à Bordeaux, et d’y trouver les informations sur ses origines.

Ensuite, il faudra trouver l’acte de mariage … et finalement expliquer le parcours si particulier de ce PAUZAT, cadet d’une famille de cultivateurs d’un petit village du Béarn, devenu négociant, armateur et consul du Mexique à Bordeaux et faisant ajouter à son nom celui de ZUÑIGA.
De même, il restera aussi à découvrir la descendance éventuelle de son fils au Mexique.
Le parcours s’avère encore long pour y parvenir !



24 février 2011

Quelques informations …mais sans certitude !

Tout d’abord, toujours pas de nouvelles du côté de Zuñiga en Espagne (village de Navarre où l’on suppose que Jean-Baptiste Pauzat- Zuñiga aurait vécu entre 1790 et 1810, avant de devenir un riche armateur bordelais pour commercer avec le Mexique), car la mairie, jointe par téléphone et e-mail, est en plein déménagement et si le secret de cette aventure réside bien en ce lieu, il est pour le moment enfoui dans l’un des cartons de celui-ci.
Donc, attendons le début du mois prochain pour en savoir un peu plus.

Ensuite, surprise avec la découverte d’un « noyau » de PAUZAT, hors des frontières de l’Occitanie, égaré au nord de celle-ci, situé plus précisément en Bourgogne dans les villages de l’Yonne : St Valérien, Chéroy et Vallery. 
D’où viennent ces PAUZAT ? proviennent-ils d’un berceau ayant ses propres racines ou ont-ils migré du Limousin ?
De plus, autre curiosité, le patronyme le plus ancien, connu à ce jour, est POUZAT, ceci jusqu’aux années 1780, pour devenir ensuite PAUZAT, voir les exemples ci-dessous : 
- en 1729 :
- en 1785, quelques générations plus tard :
Ce processus d’évolution de l’écriture de ce patronyme est différent de ce qui s’est passé par ailleurs (voir sur ce blog, l’article du 14 septembre 2010). Pour tous les autres berceaux étudiés à ce jour, le patronyme d’origine occitane est PAUSAT, écrit donc avec une S, dérivé du verbe occitan PAUSAR.
Pour celui de l’Yonne, on ne recense dans un premier temps que le patronyme commençant par POU. Hors, il n’existe pas de mot commençant par ces trois lettres en occitan (voir à droite de la carte), sauf peut-être en marchois[1], mais nous n’avons pas d’information à ce sujet. Par contre (voir ci-dessous) en catalan (actuel) il en existe quelques-uns : un exemple avec le mot « puits » qui se dit « potz » en occitan et « pou » en catalan.

Donc, on peut supposer que l’évolution s’est faite ainsi dans l’ordre : PAUSAT vers POUSAT dans un premier temps, évolution due à un défaut sans doute de prononciation lors de la migration supposée du Limousin vers la Bourgogne.
Mais le plus curieux est le retour au patronyme PAUZAT et de plus, au moment de la Révolution française, époque troublée où les registres furent tenus par des individus n’ayant pas toujours la même connaissance de l’écriture que le clergé catholique qui les avait tenus jusqu’alors.
En conclusion, aujourd’hui, sans autres informations, il est très hasardeux de faire des hypothèses sérieuses. Espérons que l’on puisse remonter un peu plus en amont, avant 1750, pour trouver un indice significatif.




[1] dialecte intermédiaire entre l’occitan et les langues d'oïl, à l’extrême nord du Limousin




27 janvier 2011

Jean-Baptiste Pauzat- Zúñiga a-t-il eu une descendance?

Jean-Baptiste Pauzat- Zúñiga a-t-il eu des enfants ? en Espagne, au Mexique ? existe-t-il des Pauzat-Zúñiga contemporains ?
Il est quasi certain, du fait qu’il est le premier a posséder le patronyme Pauzat-Zúñiga, qu’il a eu un fils Juan Antonio résidant à Veracruz, commerçant, exilé à Bordeaux, comme l’indique la liste des émigrés espagnols de 1821 à 1827 (voir ci-dessous) :

On retrouve cette personne dans l’ouvrage : Labor diplomática de Tadeo Ortiz de Ernesto de la Torre Villar 
“...En caso de ser así se le dará a conocer oportunamente, así como las indicaciones para su sucesor. Se le informa que se tendrá presente su recomendación para Juan Antonio Pauzat Zúñiga. f. 55 [SRE] a Tadeo Ortiz Mex, 27-XI-830 Núm. 10 ..”
J'ai contacté la mairie du village Zúñiga en Navarre, pour avoir d'éventuels renseignements à ce sujet. Certainement que cette recherche nous amènera à aller consulter les archives situées à Pampelune, pour en savoir plus.
À moins, qu'un lecteur de ce blog puisse un jour m'aider à trouver la solution de cette énigme ?

15 janvier 2011

Hypothèse sur les causes du départ de Jean-Baptiste PAUZAT

Rappelons (voir les articles précédents de ce blog des 15 octobre et 08 novembre 2010) que ce dernier, né à Issor en 1770 d’un père laboureur, se retrouve à Bordeaux comme négociant et armateur (en particulier avec le Mexique) et qu’il demanda, alors, d’avoir le droit de porter le nom de PAUZAT-ZUŇIGA.[1]
Avait-il quitté son village natal pour aller vivre quelque temps en Navarre au village de Zuñiga et pour quelles raisons ?


Nous supposons qu’il y eut probablement deux causes fondamentales qui motivèrent son départ de la maison familiale, l’une que nous appellerons traditionnelle et la seconde conjoncturelle.

La première cause est liée à une tradition ancestrale
qui poussait les béarnais à chercher bonne fortune en Espagne.
Citons :
« Le flux de travailleurs béarnais vers  l'Espagne exista depuis la reconquête des terres espagnoles aux Arabes (à laquelle l'armée du vicomte de Béarn prit une grande  part), car les terres reconquises -de population restreinte-  avaient un grand besoin de main-d'oeuvre. Dès lors, ce flux fut ininterrompu, avec une pointe aux XIV° et XV° siècles. 
À cette époque, les Béarnais avaient pris l'habitude d'aller loin en Espagne pour gagner leur pitance; c'est ainsi que dans certains villages, le tiers des hommes partaient Outre-Pyrénées durant 8 à 9 mois de l'année.
Au XVIII° siècle, il est écrit:  " Pendant que des Espagnols viennent ici chercher de l'ouvrage, nos laboureurs viennent en Espagne chercher fortune " . et plus loin, en parlant d'Oloron: " Ces bourgeois ont dans ce royaume des associés, des commis, des fonds; ils font soit par commission, soit pour leur compte, le commerce des laines fines ..., le change de la monnaie espagnole leur vaut un bénéfice considérable ...., dès qu'ils ont amassé dans ce pays-là quelque fortune, ils reviennent dans leur patrie prendre rang parmi les bourgeois, et donner un prix excessif à tous les biens-fonds et surtout aux biens nobles; ceux qui restent en Espagne ne cessent d'envoyer de l'argent; ces colonies béarnaises s'entretiennent par l'attention qu'ont les parents d'envoyer leurs enfants dans ce royaume dès l'âge de 8 ou 9 ans. Une infinité de familles de ce pays s'enrichissent par cette vaine abondance de l'or du Pérou et du Mexique."

La seconde cause est conjoncturelle,
Jean-Baptiste PAUZAT a 19 ans en 1789, au début de la Révolution française et il est le cadet d’une famille de cinq enfants.
Ceci signifie que ces deux faits auront a priori une répercussion sur son avenir.
Citons :

-          Droit d'aînesse et départ des cadets :

« Il existe un fond socioculturel pyrénéen, issu de l’ancien droit Cantabrique, en vigueur depuis l'ère chrétienne dans toutes les Pyrénées. Ce droit pyrénéen, tout à fait spécifique, se fondait sur trois principes, vitaux dans une économie agropastorale :

- Importance de la notion de maison
- Reconnaissance des droits de femme "aînée", sans distinction de sexe
- Conservation du bien familial sans division

Ces fondements ont été appliqués par la coutume montagnarde, avec constance et rigueur jusqu’à la naissance du Code civil en 1804 … 
… la nécessité de conserver l’intégrité du bien familial et la reconnaissance des droits de la femme, sans distinction de sexe, sont prises en compte dans les règles coutumières de succession. Dans toutes les Pyrénées en effet, l’héritage préciputaire[2] bloque tous les biens - et toutes les fonctions sociales - sur la seule personne de l’aîné. Celui-ci, homme ou femme, a exactement les mêmes aptitudes à hériter, diriger, représenter et perpétuer la famille . Les filles aînées qui héritaient de leurs parents devenaient chefs de maison avec les mêmes droits et devoirs que si elles avaient été un garçon. Le chef de famille, l'héritier mâle ou femelle, en compensation des avantages liés à son droit d'aînesse et à la conservation de la propriété familiale, avait la charge d'élever, de nourrir et de subvenir aux besoins des cadets. Leur condition ne dépendait que du caractère de l’aîné et des possibilités économiques de la famille. Quelquefois dédommagé sur la "légitime" prise sur la dot du conjoint, homme ou femme; ou sur les acquêts[3] afin de ne pas entamer la propriété foncière, le cadet avait la possibilité de constituer un pécule lui permettant d'épouser un héritier ou une héritière, de rentrer dans les ordres ou de s'expatrier dans de bonnes conditions. Cependant dans la plupart des cas, le cadet resté sur la propriété et condamné au célibat ne touchait jamais sa part de légitime.
Il fournissait une main-d'œuvre à bon compte et contribuait par son travail à assurer la pérennité de la propriété familiale. Comme on le disait encore au début du siècle dernier, ils devenaient « les domestiques de leurs aînés (e)s ».

-          Refus de la conscription :

Citons :

« Fier et indépendant, ne parlant souvent que le basque, quelquefois lent d'esprit et susceptible, le Basque, malgré son courage et ses qualités guerrières, n'était pas fait pour une existence de caserne. Habitué à vivre en famille et attaché à ses mœurs et coutumes, il ne pouvait accepter la perspective d'avoir à perdre quelques années de son existence pour aller vivre au milieu d'étrangers dont il ne comprenait ni la langue, ni le caractère, ni les traditions. Aussi dés que l'âge de la conscription approchait, son instinct atavique le poussait à émigrer. Avec une meilleure connaissance du français et généralement un caractère plus souple et vif, le Béarnais et le Bigourdan, étaient également entraînés à imiter leur voisin. Il leur était en effet facile de passer en Espagne, comme leurs ancêtres l’avaient fait, au cours des siècles précédents, pour commercer en Navarre ou y trouver refuge ».
 
La Patrie en danger, décret du 11 juillet 1792

Ainsi, probablement, J-B PAUZAT, pour les raisons évoquées ci-dessus (quoique le service militaire ne sera obligatoire qu’en 1791) envisagea très tôt de quitter la maison familiale, sans doute encouragé par ses parents et conforté peut-être par l’expérience de brefs séjours en Navarre au cours de son adolescence[4].
Rappelons aussi qu’au moment de la révolution, les biens du clergé furent nationalisés et que ce dernier était tenu de prêter serment à la Constitution, ce qui provoqua l’émigration de certains de ses membres réfractaires vers l’Espagne catholique. Peut-être aussi (autre supposition), J-B PAUZAT était fort croyant et prêt à suivre ces derniers. Cette hypothèse repose sur le rôle supposé du curé du village d’Issor qui instruisit certainement le jeune J-B PAUZAT, instruction primaire très bonne, puisqu’elle permit à ce dernier de gérer plus tard avec succès sa carrière de négociant et d’armateur.
 
village de Zuñiga en Navarre
Maintenant, il reste à découvrir (et confirmer) pour quelle raison, le jeune J-B PAUZAT alla vivre au village navarrais de Zuñiga et quels évènements l’amenèrent à disposer d’une fortune suffisante pour assumer son nouveau statut en France, la Monarchie y étant revenue dès 1815.

[1] Il décèdera le 03 janvier 1839 à Bordeaux, à 69 ans. Notons qu’on y retrouve la trace de legs de 1000F aux pauvres de la ville (1837-1839)
[2] Préciput : droit reconnu à une personne de prélever, avant tout partage, une somme d’argent ou certains biens de la masse à partager.

[3] Acquêt : bien acquis pendant le mariage
[4] Il y a aussi l’hypothèse que refusant d’être enrôlé en 1792, il s’enfuit en Espagne et revient en France dès la Restauration en 1815.